« Il n’y a pas de sujet tabou, nous sommes là pour percer l’abcès pour laver le linge sale en famille ». C’est en ces mots que le président Faustin-Archange Touadéra a ouvert le dialogue de réconciliation nationale à Bangui, capitale centrafricaine, lundi 21 mars. Mais ces discussions, qui s’achèvent le dimanche 27 mars, se déroulent sans les groupes armés qui ne sont pas conviés, ni l’opposition qui boycotte. Qu’attendre de ce dialogue ?
Lundi 21 mars, le dialogue a débuté en présence de plusieurs centaines de participants de la majorité, de la société civile et de personnalités invitées à la cérémonie d’ouverture dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale à Bangui.
Un dialogue aux contours flous pour l’opposition
Me Nicolas Tiangaye, porte-parole de l’opposition démocratique, confie à Sahutiafrica qu’il « ne croit pas en la sincérité du pouvoir, en organisant ce dialogue ». « On ne peut pas participer à un dialogue aux contours flous et où le pouvoir veut qu’on dise ce qu’il veut entendre », lâche-t-il.
Il affirme que l’opposition boycotte le dialogue suite à « la non-participation de groupes armés, mais aussi au refus d’inscrire les thématiques qu’ils ont proposées sur la crise post-électorale, les réformes structurelles des Institutions républicaines ainsi que la signature d’un accord politique dans les débats ». Déjà en novembre dernier, l’opposition s’était retirée de l’organisation du dialogue national, en accusant le régime notamment de ne vouloir ni la paix, ni le retour de la sécurité, mais aussi un dialogue devant regrouper tous les Centrafricains.
«La question de la crise post-électorale n’est pas d’actualité»
Pourtant, le camp présidentiel appelle plutôt à « un retour au bon sentiment ». Patrick Alain Dekoma, membre de la majorité présidentielle, indique que « si aujourd’hui l’opposition, pour des questions politiques, voudrait avoir la réponse de la majorité parce qu’ils veulent parler de la crise post-électorale, mais la Cour constitutionnelle a déjà vidé ce contentieux. A ce titre, on ne peut pas revenir à la décision de la Cour constitutionnelle, qui est irrévocable ».
« Cette question n’est pas d’actualité ». C’est ce que confie M. Dekoma. « Je crois qu’on ne va pas à ce dialogue pour un camp contre un autre. Non. Ce dialogue doit permettre aux filles et fils de la République de se retrouver pour discuter des questions qui minent la RCA. Et ensemble qu’on puisse trouver la solution et qu’on parle du développement de la République », prône-t-il. Et précise que les groupes armés n’étaient pas conviés au dialogue républicain.
«Le consensus recherché pour faire un front commun contre les groupes armés a échoué»
En Centrafrique, le président Touadéra a promis d’organiser un dialogue national au lendemain de sa réélection contestée. C’était à l’issue d’une présidentielle marquée par des attaques rebelles à Bangui et dans d’autres régions.
Jean Fernand Koena, analyste politique centrafricain, est clair. « Il ne faut pas vraiment attendre grand-chose parce que les principaux acteurs, qui sont les groupes armés et l’opposition démocratique, porteurs de problèmes qui engagent la vie de la société ne sont pas là ». L’analyste pense que « le consensus recherché pour faire un front commun contre les groupes armés a échoué ».
« L’idéal était de voir tous ceux qui croient en la démocratie de former un barrage pour dire stop aux groupes armés », indique-t-il. « La conséquence, c’est le blocage politique. Cela veut dire qu’il n’y a pas assez d’espace et la construction d’une nation forte où toutes les couches sociales et politiques y participent. Ça fragilise davantage le régime qui évolue en solo », prévient M. Koena.
Trésor Mutombo

