Affaire de soldats ivoiriens : «…cette situation dépasse le seul cadre des dirigeants» (Francis Laloupo)

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L’affaire de soldats ivoiriens, détenus à Bamako et inculpés pour atteinte à la sûreté de l’Etat, dépasse désormais le seul cadre des dirigeants, confie Francis Laloupo, spécialiste des questions géopolitiques et chercheur associé à l’Institut Iris, à Sahutiafrica.

Alors que les discussions pour la libération de soldats ivoiriens, sous la médiation du Togo, semblent aller à pas de tortue, la Côte d’Ivoire a demandé un sommet extraordinaire de la Cédéao. Une démarche désapprouvée par le Mali, qui veut que les négociations restent dans un cadre bilatéral. Jusqu’où peut aller ce bras de fer ?

Pour Francis Laloupo, les tenants de ce bras de fer demeurent encore confus. Pourtant, les deux Etats peinent à trouver un compromis. « Les tensions liées à cette situation dépassent désormais le seul cadre des dirigeants, provoquant de vifs débats sur la place publique, mais aussi sur les réseaux sociaux », craint-il.

«Les nouvelles exigences des autorités maliennes marquent surtout une escalade»

Le Togo a offert ses bons offices dans cette crise sans avancer ses arguments pour apaiser la situation, pense l’analyste. « La junte malienne a choisi de déployer, avec cette affaire, une stratégie de la tension vis-à-vis de la Côte d’Ivoire dans un contexte où ses partisans ont désigné le président ivoirien, Alassane Ouattara, comme l’un des principaux initiateurs des récentes sanctions de la Cédéao contre le Mali, tout en le considérant comme un allié d’une France présentée comme le fauteur de tous les maux qui accablent leur pays », explique-t-il.

Bamako considère ces militaires ivoiriens comme des mercenaires. Et pour les libérer, la junte malienne exige l’extradition des acteurs politiques maliens en exil en Côte d’Ivoire. « Les nouvelles exigences des autorités maliennes marquent surtout une escalade, et les perspectives de conciliation semblent s’éloigner. Ces exigences sont de nature à structurer davantage encore une situation de crise entre les deux pays, car on imagine difficilement la Côte d’Ivoire céder à cette forme de requête », dit Francis Laloupo.

« Les médiateurs togolais ont parié sur une solution politique. Compte tenu du contexte sécuritaire au Mali, les accusations prononcées contre ces militaires sont d’une extrême gravité », ajoute-t-il.  Il se demande « sur quels critères précis la justice malienne pourraient les libérer, sans que les faits allégués aient été infirmés ». « Sauf à considérer que la justice malienne n’est plus indépendante, et que ses décisions sont dictées par le pouvoir exécutif », croit M. Laloupo.

«Les responsables étatiques devraient veiller à ne pas se laisser déborder»

Abidjan, quant à lui, dénonce « un chantage inacceptable ». Et demande la tenue d’un sommet extraordinaire de la Cédéao pour la libération de ces soldats. Une démarche que le Mali désapprouve. D’après l’analyste, les tensions liées à cette situation dépassent désormais le seul cadre des dirigeants, provoquant de vifs débats sur la place publique, mais aussi sur les réseaux sociaux.

« Les responsables étatiques devraient veiller à ne pas se laisser déborder, en posant urgemment les actes nécessaires à la résolution de ce différent. Il s’agit donc, dans les tout prochains jours, d’œuvrer à ce que ce qui relève encore actuellement d’un différend, voire d’un malentendu, ne se transforme en un conflit ouvert entre les deux pays », prône Francis Laloupe, qui s’interroge à qui profite cette escalade.

Interrogé sur ce sujet, Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies, a affirmé que ces militaires ne sont pas de mercenaires. Et a promis de discuter avec la délégation malienne, lors de l’Assemblée générale de l’Onu, pour résoudre cette situation.

Dimanche 10 juillet. Ce jour-là, quarante-neuf militaires ivoiriens sont arrêtés à l’aéroport de Bamako, capitale malienne. Les autorités maliennes ont parlé de mercenaires en possession d’armes et de munitions de guerre. Pourtant, Abidjan assure que ses soldats étaient déployés dans le cadre d’une procédure de l’Onu en soutien de leurs contingents. Sur les quarante-neuf soldats, seulement trois, toutes femmes, ont été relâchées. Et ont regagné leur pays.

Trésor Mutombo

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