Présents au Mali depuis trois ans et demi pour aider l’armée malienne à combattre les djihadistes, les paramilitaires russes de Wagner sont accusés de plusieurs exactions sur des civils, selon une enquête du collectif de journalistes Forbidden Stories publiée jeudi 12 juin.
L’enquête parle des enlèvements, des arrestations arbitraires, de l’absence de contact avec le monde extérieur, du recours à la torture systématique, parfois jusqu’à la mort. Selon les journalistes, le collectif a identifié six lieux de détention où le groupe paramilitaire russe a détenu des civils entre 2022 et 2024.
Les personnes impliquées dans l’enquête, depuis des camps de réfugiés en Mauritanie voisine, ont témoigné des sévices subis dans les geôles des mercenaires russes. Certains rescapés racontent avoir subi des simulacres de noyade, reçu des coups portés avec des câbles électriques, ou encore avoir été brûlés par des mégots de cigarettes.
« Notre consortium a pu identifier six bases militaires dans lesquelles des civils maliens ont été détenus et torturés par Wagner entre 2022 et 2024. Bapho, Kidal, Nampala, Niafunké, Sévaré, Sofara », indique l’enquête, menée en collaboration avec la chaîne française France 24, le quotidien français Le Monde et le site russe indépendant IStories.
Depuis trois ans et demi, le Mali a fait appel au groupe Wagner pour l’aider dans sa lutte contre les groupes jihadistes, qui ont fait des milliers de morts sur son territoire. La semaine dernière, une chaîne Telegram affiliée à Wagner a annoncé que le groupe avait quitté le Mali.
D’après des sources diplomatiques et sécuritaires, ses contingents seront réintégrés au sein de son successeur, l’Africa Corps. Il s’agit d’une autre organisation sous le contrôle du ministère de la Défense russe.
En fait, l’ONU a accusé dans un rapport l’armée malienne et des combattants étrangers d’avoir exécuté en mars 2022 au moins 500 personnes lors d’une opération antidjihadiste à Moura, dans le centre du pays. Une situation qui a réfuté la junte malienne.
En avril dernier, des corps ont été découverts aux abords d’un camp militaire malien quelques jours après l’arrestation par l’armée et des paramilitaires de Wagner de dizaines de civils appartenant pour la plupart à la communauté peule.
Au Mali, deux coups d’État en 2020 et 2021 ont porté au pouvoir une junte dirigée par le général Assimi Goïta. Depuis, le Mali a rompu son alliance avec l’ancienne puissance coloniale française pour se tourner militairement et politiquement vers la Russie, notamment en faisant appel aux services de Wagner.
Josaphat Mayi

