Au Nigeria, la mauvaise conjoncture économique «refroidit» les investisseurs étrangers

Inflation record, dévaluation du naira, infrastructures financières défaillantes… les difficultés croissantes de la première puissance économique du continent dissuadent les investisseurs étrangers dont un certain nombre ont entamé ces derniers mois une prise de distance, voire leur retrait du Nigeria.

 

Le 14 janvier, la chaîne sud-africaine de supermarchés Shoprite a fermé son magasin à Kano, la deuxième ville la plus peuplée du pays, à cause « du climat actuel des affaires », à-elle indiquée dans un communiqué.

 

Cette décision intervient alors que le président nigérian Bola Ahmed Tinubu, en fonction depuis mai, s’est donné pour priorité d’attirer les investissements étrangers dans le pays et a entamé dans ce mais une série de réformes.

 

Mais leurs effets positifs tardent à se faire sentir, alors que le pays enregistrait une inflation de près de 29% en décembre sur les douze derniers mois et que la confiance des entreprises étrangères s’émousse.

 

«Changer de modèle économique»

 

En décembre, la multinationale américaine spécialisée dans les produits d’hygiène et de nettoyage, Procter&Gamble, a annoncé l’arrêt de la production de ses produits dans le pays le plus peuplé du continent où elle était présente depuis plus de 30 ans.

 

Les canapés Pampers, la lessive Ariel ou le dentifrice Oral B seront désormais importés, son usine à Ibadan fermée et ses 1.800 emplois directs et indirects supprimés.

 

« Il est très difficile de créer de la valeur pour une société qui a des activités en dollars » à cause « de l’environnement macroéconomique du pays », a déclaré Andre Schulten, directeur financier de Procter&Gamble à l’occasion d’une conférence à New York en décembre.

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En août, le géant pharmaceutique britannique GSK a déclaré « cesser ses opérations » dans le pays, après 50 ans de présence, invoquant auprès de l’AFP « les difficultés à accéder aux dispositifs étrangers ces dernières années ». Conséquence : la filiale locale de l’entreprise disparaît et les produits pharmaceutiques de GSK seront distribués par une compagnie-tiers.

 

D’autres sociétés étrangères ont entamé, en termes plus feutrés, une restructuration de leurs activités, comme PZ Cussons, fabricant britannique de biens de consommation présent au Nigeria depuis 1899, qui a annoncé en septembre son intention de « se délister de la bourse nigériane » afin de « simplifier » ses activités dans le pays.

 

Dans son rapport annuel 2023, l’entreprise mentionne que la baisse de la valeur du naira « affectera défavorablement nos bénéfices 2024 et a largement réduit la valeur de nos liquidités au Nigeria ».

 

De son côté, le néerlando-britannique Unilever a annoncé en mars « changer son business model » pour « s’adapter aux aléas du marché » et abandonner deux segments de ses activités, les produits ménagers et pour la peau.

 

«Patience»

 

Après sa prise de fonctions, Bola Ahmed Tinubu s’est engagé de face à deux réformes d’envergure destinées à redresser les finances publiques et à attirer à nouveaux les investissements étrangers : la fin des subventions sur les carburants et la libéralisation du naira, la monnaie nationale.

 

Ces mesures ont eu des effets immédiats sur l’économie, dont le triplement des prix du carburant et une explosion de l’inflation. Depuis mai, le naira a perdu 41% de sa valeur par rapport au dollar sur le marché officiel des devises et le prix des denrées alimentaires a augmenté de plus de 31%, selon la Banque mondiale.

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Régulièrement, le président Tinubu, élu sur la promesse d’un programme baptisé « Renewed Hope », en appelle à « la patience » des Nigérians. Ces réformes étaient « essentielles » et « vont dans la bonne direction », estime la Banque mondiale dans un rapport de décembre avant de souligner qu’il était « temps de passer le cap en mettant en place des mesures fiscales et monétaires à court et moyen terme » afin d’obtenir « des résultats ».

 

Pour le Bureau nigérian des statistiques (NBS), les investissements étrangers directs (FDI) sont passés de 1,15 milliard de dollars au troisième trimestre 2022 à 654 millions de dollars un an plus tard, soit « une baisse d’environ 44% ».

 

Selon une analyse de l’auditeur KPMG faite en janvier, les départs et restructurations d’entreprises internationales au Nigeria ont « refroidi » les investisseurs, limitant « les financements pour les projets d’infrastructures », « les avancées technologiques » et « les initiatives de développement ».

 

Les entreprises étrangères « font une erreur » en quittant le pays car le Nigeria « recèle plus d’opportunités que de nombreux pays d’Afrique », tempère Jonathan Aremu, économiste à l’Université de Covenant à Lagos.

 

« Le gouvernement va dans la bonne direction avec ses réformes », explique-t-il à l’AFP, souligne l’effort à mener pour lutter contre « la mauvaise gestion ». Le Nigeria est gangrené par la corruption. Il est classé 154e sur 180 en la matière par Transparency International (2021).

 

AFP/Sahutiafrica

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