Après une vague de protestations exigeant la transparence, les autorités gambiennes ont publié dimanche la liste des biens appartenant à l’ex-dictateur Yahya Jammeh, qui ont été saisis et mis en vente par le gouvernement.
Cette publication intervient dans un contexte de vive polémique concernant la vente de ces biens, estimée à 300 millions de dollars. Une enquête publiée fin avril par le média d’investigation The Republic a révélé que ces biens, comprenant des véhicules, des maisons, des terrains et du matériel agricole, avaient été vendus à l’insu du public, suscitant l’indignation dans ce petit pays d’Afrique de l’Ouest.
Organisations de la société civile et partis d’opposition ont réclamé avec insistance la publication de la liste des biens de M. Jammeh, resté au pouvoir de 1994 à 2017, ainsi que les noms des acheteurs. Ils accusent le gouvernement d’avoir vendu ces biens à des proches et alliés à des prix sous-évalués.
Cette affaire a déclenché une série de manifestations. Vendredi, 27 membres de l’organisation Les Gambiens contre les biens spoliés (GALA) ont été arrêtés lors d’une manifestation non autorisée. Samedi, des milliers de personnes ont de nouveau défilé dans les rues de Banjul pour exiger leur libération et la publication des biens de l’ex-dictateur.
En réponse à cette pression populaire, le ministère de la Justice a publié la liste des avoirs saisis, assurant que leur vente a été effectuée par des organismes reconnus par le gouvernement. Le ministère a également promis de publier les noms des acheteurs et les prix de vente. Selon les autorités, les fonds générés par ces ventes seront utilisés pour indemniser les victimes du régime de Yahya Jammeh.
Le gouvernement gambien a approuvé en 2022 les recommandations d’une commission d’enquête sur les atrocités commises sous le régime de Jammeh, acceptant de poursuivre 70 personnes, dont l’ancien dictateur, arrivé au pouvoir par un coup d’État en 1994 et exilé en Guinée équatoriale en janvier 2017.
La Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a approuvé en décembre 2024 la création d’un tribunal spécial chargé de juger les crimes commis sous le régime de Yahya Jammeh, marquant une étape importante dans la recherche de justice pour les victimes.
Ephraïm Kafuti

