*Nino*, 16 ans, est la nouvelle victime d’un avortement clandestin à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo. Une parmi tant d’autres.
«J’ai perdu ma meilleure amie. Nino n’est plus», se plaint Mélanie, 17 ans à peine, en larmes, pleure sa meilleures amie décédée des suites d’un « avortement raté». Elle s’est confiée à Hana Kel pour Sahuti Africa.
Nino, orpheline de mère il y a tout juste un an, a commencé à beaucoup sortir. Rentrant souvent tard. Elle passait le plus clair de son temps à chercher des tenues et à se faire belle pour sortir» confie Mélanie.
«Le père de Nino n’est jamais là. Il rentre souvent ivre… La famille habite la parcelle familiale de son père à Kasa-Vubu… Nino occupait une petite (maison) «annexe» avec sa grand-mère. Outre les grands-parents et les arrières petits-enfants, on y comptait aussi tantes, oncles, cousins…». Une vie presque normale.
Pour pouvoir suivre et contrôler les incessantes sorties nocturnes de sa petite-fille, de plus en plus mouvementées, la grand-mère de Nino, pensant pouvoir la protéger, lui propose d’aller faire la connaissance de son petit ami.
Nino commence à fuir son petit ami habituel et se retrouve hors contrôle. Ses mouvements sont toujours incontrôlés et ses fréquentations aussi.
«Il y a environ 4 mois, affirme Mélanie, nous avons constaté que Nino commençait à prendre du poids». Mais elle n’a pas voulu avouer qu’elle était enceinte. «Ni à moi sa copine, ni même à son petit ami», confie Mélanie, le regard vide. Niant tout en bloc, Nino va décider de se débarrasser de cette grossesse «indésirée». Clandestinement. Pendant plus d’une semaine elle a érigé un mur de silence autour d’elle.
D’après Mélanie, le lundi 8 mars 2021, journée internationale de la femme, Nino est sortie en compagnie d’autres filles. Le lendemain, le mardi 9, elle se plaignait des maux de ventre toute la journée. Le soir, sa grand-mère avertit le petit ami et ils l’ont amenée dans un centre de santé proche. Après perfusion, le consultant demande un transfert vers un hôpital de référence. «Les yeux et ses lèvres de Nino avaient totalement jaunit», se souvient Mélanie, entre deux sanglots.
«Dans le taxi, le copain de Nino, assis à la banquette arrière, tenait la tête de sa copine sur les genoux. Lorsqu’il a vu les yeux de sa dulcinée se retourner bizarrement, il a tout de suite compris et n’a eu qu’à demander au taximan de se diriger vers la morgue de l’hôpital de Kintambo». Nino a rendu l’âme sans avoir qui était le père de la grossesse dont elle s’était débarrassée.
D’après le médecin légiste, Nino a subi un hémorragie suite à un avortement.
Victime de sa volonté de se débarrasser d’une grossesse qu’elle n’a pas voulu garder, interrompue largement avant son échéance. Elle s’en va en gardant le secret de tout ce qu’elle a fait. L’on ne saura même pas où elle était allée se faire avorter clandestinement et dans quelle condition.
*Nino: prénom d’emprunt. Le prénom original a été modifié*
HANA KEL

