RDC/ Nomination de Bahati: «La lecture de la Constitution devra se faire à l’aune de la réalité politique congolaise et non à la lettre de la Constitution»(Prof Tshiyembe)

Dans un entretien à SahutiAfrica, le professeur Mwayila Tshiyembe, constitutionnaliste et analyste politique, revient sur la désignation du sénateur Modeste Bahati Lukwebo comme informateur. Pour lui, cette désignation ne peut-être qualifiée d’anti-constitutionnelle. Ci-dessous l’intégralité de l’interview avec le Professeur Mwayila Tshiyembe.

Sahutiafrica:  Modeste Bahati Lukwebo désigné informateur, il devra identifier une nouvelle majorité à l’assemblée nationale. Pensez-vous que cette désignation soit conforme à la Constitution, pendant qu’il y a un Premier ministre et un gouvernement en place? 

Mwayila Tshiyembe: La lecture de la Constitution devra se faire à l’aune de la réalité politique congolaise et non plus à la lettre de la Constitution.  En effet, depuis près de deux ans, la République démocratique du Congo (RDC) est en régime politique de coalition non prévu dans la loi fondamentale. Autrement dit, un accord politique FCC-CASH a permis de faire ce saut qualitatif en lieu et place de la cohabitation, à l’instar de la France de 1986. Dès lors que cet accord politique qui unissait la majorité présidentielle et parlementaire a volé en éclat,  il y a lieu de constater qu’à l’impossible nul n’est tenu.

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Le Premier ministre aurait pu, avec élégance,  démissionner avec son gouvernement. Ayant choisi d’obéir aux injonctions de son camp politique et non à l’ordre républicain, sa lecture de la constitution est irréelle.

SA: Qu’aurait donc pu faire le Président dans ce cas?

Mwayila Tshiyembe: La crise prévue par la Constitution entre le gouvernement et l’Assemblée nationale, est susceptible de contraindre le Président de la République à dissoudre l’Assemblée en cas de crise grave entre ces deux institutions. L’opposition publique du Premier ministre aux décisions du chef de l’Etat n’est que l’interface de l’opposition FCC/Président de la République. C’est à dire, une crise au sommet de l’Etat.

Sahutiafrica: Pensez-vous que Modeste Bahati  est un bon choix alors qu’il a été frustré par le FCC, notamment lors de l’élection du président du Sénat en juillet 2019 ? 

Mwayila Tshiyembe: Je ne sais pas si le choix de Monsieur Bahati est un bon choix. La politique n’est pas par nature un espace fondé sur des sentiments de bonté. Le domaine politique est commandé par la stratégie et le rapport des forces. 

Floué par le FCC qui l’a radié de ses listes et rejeté par son mentor, qui a choisi Thambwe Mwamba à la présidence du Sénat. Bahati a été contraint de ronger sans frein dans l’amertume. 

Outre son savoir-faire technique ou connaissance des dossiers, il a autant des députés que le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), sinon une barre en dessous. Il n’est pas incongru de penser qu’il puisse récupérer d’abord les siens accrochés aux flancs du FCC. Ensuite, rassembler autour du Président Félix Tshisekedi, les bonnes volontés venues d’ailleurs.

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Quoi qu’il en soit, la stratégie du chef de l’Etat ne laisse pas d’équivoque. Ou bien vous me rejoignez ou bien je dissous l’Assemblée nationale. Peu des députés peuvent prendre le risque de se faire embarquer dans la conjoncture politique et électorale d’aujourd’hui.

Donc, pour toutes ces raisons, il est plausible qu’une nouvelle majorité de l’Union sacrée émerge. Par ailleurs, si Bahati échoue, le recours à la dissolution de l’Assemblée nationale serait inéluctable. Alors Dieu seul saura reconnaître les siens.

Propos recueillis par Giscard Havril

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