La décision du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (Csac) interdisant aux médias d’accorder un espace à Joseph Kabila, ancien président devenu figure de l’opposition, et au PPRD, son parti, fait polémique en RDC, où le climat politique est crispé sur fond de crise sécuritaire.
« Il est formellement interdit, à compter de ce jour, de diffuser, relayer, commenter, promouvoir ou médiatiser, sous quelque forme que ce soit, les activités, déclarations, messages, images, slogans, réunions, interviews ou manifestation du PPRD », a décidé le Csac dans un document consulté par Sahutiafrica.
Alors que la décision fait bondir plusieurs militants pro-démocratie, Christian Bosembe, président de l’organe de régulation de médias, se défend et parle d’une « mesure conservatoire » prise par son bureau. « Jeudi, nous avons plénière. Nous allons amener cette question au sein de la plénière qui est souveraine. Elle peut l’alourdir, soit la rejeter », a déclaré le président du Csac au micro de la radio onusienne.
Et puis, il nuance. Il affirme n’avoir pas « interdit de réfléchir sur la question de l’ancien chef de l’Etat, mais de faire l’apologie du crime ». « Nous avons interdit la propagande et l’appel à l’insurrection, le discours de haine, l’appel à la balkanisation. Nous avons estimé que ce désordre ne va pas profiter à ce pays. C’est une distraction dans laquelle les gens veulent nous placer pour qu’on ne voit pas comment la balkanisation est en train d’être menée », a dit Christian Bosembe. Pour lui, tout parti politique qui va tenter de justifier l’agression contre la RDC sera sanctionné.
Mais cette mesure est perçue comme une décision liberticide par des militants pro-démocratie. Bienvenu Matumo, militant du mouvement citoyen Lucha, appelle les journalistes du Congo et d’ailleurs à boycotter avec force cette interdiction. « Toutes les voix doivent être exprimées librement afin d’aller vers la co-construction de la paix. La dictature de Félix Tshisekedi doit être combattue avec détermination et courage », a écrit dans un post sur le réseau social X.
Pour Prince Epenge, porte-parole de la coalition Lamuka de l’opposant Martin Fayulu, Christian Bosembe et Patrick Muyaya n’ont aucun respect pour les journalistes et les médias congolais.
Cette interdiction intervient quelques jours après la levée des immunités parlementaires de Joseph Kabila, décidée par le Sénat le 22 mai dernier. L’ancien chef de l’État fait aujourd’hui l’objet de poursuites judiciaires pour sa prétendue collusion avec les groupes rebelles M23 et AFC, qui contrôlent notamment les villes de Goma et Bukavu, dans la région du Kivu. Dans un contexte tendu, Joseph Kabila avait récemment critiqué sévèrement le régime en place, l’accusant de dilapider l’héritage politique qu’il avait laissé après l’alternance de 2019.
Depuis, il a mis fin à son exil et séjourne à Goma, ville sous contrôle du M23, où il mène des consultations. En mai dernier, le PPRD avait décidé de reprendre ses activités, dix-huit jours après leur suspension par le ministère de l’Intérieur. Cette formation politique accuse le régime du président Tshisekedi « d’intimider l’opposition ».
Ephraïm Kafuti

