Au moins 150 personnes dont des femmes et des enfants ont été tuées mercredi et ce jeudi 20 octobre dans de nouveaux affrontements tribaux au Nil Bleu, dans le sud du Soudan, déjà endeuillé ces derniers mois par des heurts pour la terre.
« En tout, 150 personnes y compris des femmes, des enfants et des personnes âgées, ont été tuées et 86 blessées mercredi et jeudi », a indiqué à l’AFP Abbas Moussa, le directeur de l’hôpital de Wad al-Mahi où ont eu lieu les violences.
Lundi, les autorités ont imposé un couvre-feu nocturne dans cette zone, frontalière de l’Ethiopie, après la mort de 13 personnes, selon l’ONU, dans des heurts les jours précédents entre des membres de la tribu des Haoussas et des clans rivaux.
« Mais rien n’y a fait, les violences ont repris malgré le déploiement d’importantes forces de sécurité dans le secteur, à 500 kilomètres de Khartoum », a indiqué un dignitaire Haoussa.
« Des armes ont été utilisées et des maisons brûlées », a-t-il affirmé.
- Moussa confirme. La plupart des victimes souffrent de brûlures, selon lui.
Les heurts tribaux sont régulièrement émaillés d’incendies de maisons et de magasins.
Fin du tribalisme
Entre juillet et début octobre, au moins 149 personnes ont été tuées dans les violences, des centaines blessées et 65.000 déplacées dans l’Etat du Nil Bleu, selon l’ONU.
Au début de ces violences, les Haoussas s’étaient mobilisés à travers tout le Soudan, s’en prenant à des bâtiments publics pour faire entendre leur voix alors qu’ils se disent discriminés par la loi tribale ancestrale.
Cette coutume interdit aux Haoussas, arrivés les derniers dans le Nil Bleu, de posséder la terre, ce qu’ils contestent.
La question de l’accès à la terre est très sensible au Soudan, l’un des pays les plus pauvres au monde, où l’agriculture et l’élevage représentent 43% des emplois et 30% du PIB.
Dans un pays où de très nombreuses armes sont en circulation du fait des guerres et insurrections locales à répétition, elle crée souvent des tensions meurtrières.
Depuis le putsch mené le 25 octobre 2021 à Khartoum par le chef de l’armée, le général Abdel Fattah al-Burhane, les violences entre tribus connaissent une recrudescence du fait, disent les experts, du vide sécuritaire créé par le coup d’Etat.
Les Soudanais qui manifestent chaque semaine depuis près d’un an contre le putsch appellent désormais dans leurs défilés à « l’unité et à la fin du tribalisme ».
La semaine dernière, cinq personnes ont été tuées dans des heurts tribaux au Kordofan-Ouest, un autre Etat du sud du Soudan.
Après la flambée de violence de l’été dans le Nil Bleu, dignitaires tribaux et pouvoir militaire s’étaient engagés à régler les différends tribaux.
Sans toutefois y parvenir.
Entre janvier et août, les conflits tribaux avaient déjà fait plus de 370 morts et 177.000 déplacés, selon l’ONU.
AFP/Sahutiafrica

