Des centaines de migrants éthiopiens, qui tentaient de franchir la frontière entre le Yémen et l’Arabie Saoudite, auraient été tués par des gardes-frontières saoudiens entre mars 2022 et juin 2023, selon un rapport d’Humain Rights Watch (HRW).
Ce rapport indique que l’enquête a été fondée sur des entretiens avec trente-huit migrants éthiopiens concernés par cette traversée, dénonce des abus systématiques, qui pourraient être qualifiés de crimes contre l’humanité, selon l’ONG.
D’après l’un des survivants éthiopiens interrogés par HRW, plus de 90 migrants présents dans son groupe ont été tués sur 170 personnes.
« Il y a certainement beaucoup plus de morts que l’on pense, mais il est impossible d’obtenir un chiffre précis. C’est une zone inaccessible et nous interrogeons des personnes qui viennent de fuir une scène d’horreur absolue, elles sont dévastées », a déploré Nadia Hardman, chercheuse au sein de la division des droits des réfugiés et des migrants de HRW.
Le rapport indique également que les gardes-frontières saoudiens ont fait usage d’armes explosives pour tuer de nombreux migrants à bout portant, y compris des femmes et des enfants. A plusieurs reprises, les gardes ont demandé aux migrants sur quelle partie de leurs corps tirer, afin de les abattre.
« HRW documente des meurtres depuis 2014, mais ils étaient irréguliers et peu fréquents. Lorsque nous avons commencé à enquêter, nous ne nous attendions pas à ce que ce soit aussi épouvantable », a ajouté Nadia Hardman, en affirmant que ces meurtres sont « systématiques ». Ils pourraient constituer un crime contre l’humanité.
Les personnes interrogées dans le cadre du rapport de HRW ont toutes décrit des scènes d’horreur. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a recueilli des preuves, analysées en collaboration avec un groupe d’experts indépendants du Conseil international de réadaptation pour les victimes de la torture (IRCT), afin de corroborer les récits des migrants.
Les réfugiés sont poussés à cette traversée périlleuse par la guerre qui a dévasté la région éthiopienne du Tigré de novembre 2020 à novembre 2022. Ce conflit, associé à des raisons socio-économiques, pousse des centaines de milliers de personnes à partir.
« Les gens savent que cette route est extrêmement dangereuse, mais je ne pense pas que les personnes, qui la parcourent, soient conscientes du niveau de danger et de l’ampleur des décès », s’inquiète la chercheuse. Mais, HRW appelle Ryad à « cesser immédiatement » le recours à la force meurtrière contre des migrants et demandeurs d’asile, exhortant l’ONU à enquêter sur ces allégations.
L’itinéraire Somalie-Yémen-Arabie Saoudite est l’un des plus dangereux au monde. Beaucoup d’Éthiopiens tentent de franchir la frontière somalienne afin d’atteindre le Yémen. De là, ils cherchent à se rendre en Arabie saoudite, dans l’espoir d’une vie meilleure
Josaphat Mayi

