Afrique du Sud : une librairie de Soweto fait rimer lecture et township

Rien n’indique ce qui se trouve derrière le portail d’une maison dans une rue tranquille de Soweto. Des murs tapissés de livres, du couloir à la cage d’escalier, Thami Mazibuko, libraire du township, se fraye un chemin entre les livres. 

Cette maison est celle de son enfance. Plus jeune, il n’avait pas un seul livre. Il a 36 ans aujourd’hui et est à la tête de cette librairie-bibliothèque qu’il a créée à l’étage. Il a lancé l’affaire il y a quatre ans avec une trentaine de bouquins de sa collection personnelle, des centaines de dons ont suivi. 

Les piles recèlent des best-sellers comme « Tout s’effondre » de l’écrivain nigérian Chinua Achebe et de trésors nationaux tels que « Mhudi » de Sol Plaatje, premier roman en anglais d’un Sud-Africain noir. 

« Les livres permettent de vous glisser dans la peau d’un autre », explique à l’AFP Thami Mazibuko, avec son visage fin. « Je veux que les gens viennent ici et se laissent transporter ailleurs. 

Sorti de l’école, il avait quitté le township pour s’installer dans une banlieue alors blanche de Johannesburg. Il a vécu dans une maison remplie de bouquins avec des membres de sa famille artistique. 

C’est là qu’il a développé un appétit insatiable pour la lecture, traînant ses livres jusque dans le club de reggae dont il était un habitué. 

Il a petit à petit commencé à se faire une collection personnelle, qu’il a amenée avec lui en retournant s’installer dans le township de la banlieue de Johannesburg. 

Certains, qui n’avaient pas de quoi s’offrir des livres, ont alors commencé à en emprunter un, puis deux. C’est ainsi qu’a commencé le projet Soweto Book Cafe. 

Aujourd’hui, Thami Mazibuko vend des livres à ceux qui ont de l’argent. Les autres peuvent s’abonner pour un peu plus de trois euros par an (50 rands) pour emprunter. Même si en réalité, il prête des bouquins à peu près à tous ceux qui le lui demandent. 

« L’une des raisons pour laquelle j’ai créé cet endroit c’est l’alphabétisation et donner un accès aux livres et à l’information, un droit humain fondamental », affirme Thami Mazibuko, un passionné de la lecture. 

Je ne sais pas lire 

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Le Book Cafe accueille régulièrement un groupe de lecture d’une cinquantaine de jeunes, baptisé « La lecture c’est super cool ». Agés de quatre à seize ans, les plus grands font la lecture aux petits et le libraire les initie aussi à des jeux de société ou aux échecs. 

Sindisiwe Zulu, 27 ans, a lancé l’idée au départ pour aider sa nièce en difficulté scolaire. 

Cette dernière lui avait avoué : « je ne sais pas lire. Je ne comprends rien. C’est pour ça que j’échoue ». Le cercle s’est ensuite élargi petit à petit. 

Les petites librairies de quartier comme celles-ci ont connu un engouement pendant le confinement strict lié au Covid, qui a fermé les bibliothèques publiques pendant plus d’un an. 

Une enquête a révélé qu’il y a une dizaine d’année, Johannesburg comptait 1.020 librairies, soit seulement cinq de moins que Paris et bien plus que New York. La plupart regorgent d’ouvrages d’occasion, comme la librairie de Mazibuko. Lui aime particulièrement se concentrer sur la littérature africaine et organise parfois des lancements et des lectures. 

Mais surtout, il offre un espace sûr dans le quartier : « Je viens ici faire mes devoirs, lire et me détendre », raconte Anele Ndlovu, 14 ans, une habituée. « C’est là que j’aime réfléchir à ce que je veux dans la vie », poursuit la jeune fille qui rêve de devenir trader. 

Pour l’instant, elle est plongée dans un polar de Michael Connelly, mais ensuite elle lira « des livres qui apprennent la vie ». 

AFP/Sahutiafrica 

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