Les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) doivent renverser les rapports de force face aux rebelles du M23 sur le terrain pour mettre fin à cette crise dans l’est de la RDC, affirme Bienvenu Matumo, militant du mouvement Lucha.
« Les FARDC doivent faire la guerre et non cette diplomatie qui ne produit pas des résultats escomptés. On sent qu’il y a une avancée significative du M23, mais des pays amis de la RDC ne condamnent pas le Rwanda, accusé d’agresser la RDC à travers le M23 », déplore Bienvenu Matumo à Sahutiafrica. Pour lui, l’armée congolaise doit renverser les rapports de force sur le terrain et éradiquer les rebelles du M23.
«Le M23 ne respecte même pas les conclusions formulées par les chefs d’État Est-Africains»
Addis-Abeba, capitale éthiopienne, vendredi 18 février. Réunis dans un sommet spécial sur la situation dans l’est de la RDC, les dirigeants Est-Africains ont appelé à un cessez-le-feu immédiat, le retrait de tous les groupes armés d’ici 30 mars et le retour de réfugiés congolais, qui se trouvent au Rwanda et en Burundi. Mais sur le terrain, les combats sont intenses. Dans un communiqué, l’armée a accusé le M23 d’avoir attaqué ses positions à Kyahemba, Butchalwichi, Kihusha et Lubula, villages situés en territoire de Masisi, où les affrontements se sont exportés.
Le M23, accusé de massacre de civils à Kishishe et Bambo dans une enquête onusienne, va-t-il se retirer des positions qu’il occupe ? La société civile du Nord-Kivu est sceptique. « Ce n’est pas la première fois que les chefs d’État de la région prennent de décisions ou donnent les ultimatums au M23 de se retirer des positions occupées. La feuille de route de Luanda avait déjà demandé aux groupes armés de se retirer, notamment le M23. Mais à chaque qu’on décide de pouvoir demander au M23 de se retirer, il continue à faire la guerre. Le M23 ne respecte même pas les conclusions formulées par les chefs d’État réunis au sein de l’EAC », indique Bienvenu Matumo.
Des sources rapportent les dirigeants Est-Africains ont aussi évoqué le mandat de la force régionale de la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC). Ce militant de la Lucha n’attend rien de cette force. Il affirme qu’elle « ne combattra jamais ». « Au contrairement, elle participe à mettre en place ce qu’on appelle des zones tampons », dit M. Matumo.
La force régionale passive ?
A Goma, capitale provinciale du Nord-Kivu, des manifestations ont été organisées il y a quelques semaines pour dénoncer la passivité de la force régionale face au M23. Et dans une vidéo qui a fait le tour sur les réseaux sociaux, le président Tshisekedi demande au général Jeff Nyangah, commandant de cette force régionale, de ne pas aider ce mouvement.
« Lorsque le M23 a dû se retirer d’autres positions comme à Kibumba, cette force s’est installée dans cette zone. Mais notre armée ne peut pas y accéder. Alors pourquoi elle ne combat pas parce qu’elle est là depuis trois mois ? C’est tout simplement parce qu’elle a une autre mission. Il faut privilégier la réforme de l’armée congolaise pour que celle-ci soit à mesure de faire la guerre et d’éradiquer tous les groupes armés, le M23 y compris soutenu par le Rwanda », argue Bienvenu Matumo, opposé à toute idée d’un dialogue entre Kinshasa et cette rébellion.
La résurgence du M23 a brouillé les relations entre Kinshasa et Kigali, qui oscillent entre tièdes et volcaniques depuis les années 94. Les deux États s’accusent mutuellement de soutien aux groupes rebelles ou de torpiller le processus de Luanda. Kinshasa qualifie cette rébellion de mouvement terroriste soutenu par le Rwanda. Ce que Kigali a toujours nié. Même si un rapport d’experts onusiens confirme le lien entre Kigali et ce groupe armé.
Entre-temps, les combats ont provoqué des déplacements massifs de populations. Cantonnées dans des camps de déplacés, elles vivent dans des conditions précaires, sans accès à l’eau potable et à la nourriture.
Trésor Mutombo

