Et bien sûr, ce sera offert par le ministère de la Justice et Garde des Sceaux : waouh ! Personne ne peut remettre en doute la parole de l’État ici représenté par le ministère concerné – ce serait de la foutaise et de la folie. Quoique, il existe vraiment des gens qui sont dans la foutaise et la folie, et nous ne sommes pas fous.
Mais comme nous sommes en démocratie, cela peut nous étonner grandement, surtout quand on sait que les personnes citées sont géographiquement accessibles, puisqu’elles sont toujours dans le pays. Une fois que l’État, via l’armée (les FARDC) et les Wazalendo, restaurera l’intégrité territoriale, ces gens-là tomberont facilement entre les mains de la Justice, car nous attendons toujours la « riposte vigoureuse ». Ainsi, ces 9 000 000 $ cumulés seront économisés.
Et comme le gouvernement, en puisant dans ses poches personnelles et privées, n’a pas été capable d’atteindre 1 000 000 $ pour nos braves militaires, on pourra récupérer tout cet argent récolté ici et là pour l’insérer dans les finances publiques, en mettant la pression pour que les politiques acceptent enfin de mieux rémunérer, une bonne fois pour toutes, les enseignants, les militaires, les policiers et les agents de renseignement…
5 000 000 $ pour les arrestations de Naanga, Bissimwa, Mokenga Sultani, et 4 000 000 $ pour les arrestations de Luwora Perrot et Balenge Irenge…
C’est vraiment beaucoup d’argent, et nous ne doutons pas de l’intention ni des moyens du ministère concerné, car dans notre pays, personne n’a triché à l’école. Personne. Mieux encore : tout le monde qui a étudié ici, une fois parent, sera toujours pour ses enfants un non-tricheur et un premier de classe. Pendant ce temps, l’odeur de la corruption et du détournement se fait sentir jusque dans les fourmilières du pays. Et après, vous voulez que nous, artistes et écrivains, vous disions quoi ?
Que pouvons-nous vous écrire ? Personne ne nous aime dans ce pays. Personne. La preuve : qui, dans notre pays, lit encore des écrivains congolais ? Qui ? Quelques-uns seulement, mais sur plus de 100 000 000 de Congolais que nous sommes, combien nous lisent réellement ? Alors, quand on arrête des fantômes, seulement après les grands procès des 100 jours, Bukanga Lonzo, Forages et lampadaires, comprenez notre rage…
Je me suis visiblement égaré dans mes idées. Qu’est-ce que la littérature vient faire ici dans cet article ? Il semble que mes pensées commencent aussi à se disperser. Comprenez mon émotion : 5 000 000, 4 000 000… Je vois tellement de montants avec des zéros qui comptent quand il s’agit de dons ou de récompenses, détournements, … alors que pour beaucoup de Congolais, nos vies sont véritablement en deçà de zéro.
L’armée céleste qui défend tout le peuple du monde va-t-elle nous défendre ? N’avoir rien, c’est être rien, et c’est ça la logique de ce monde. Eh oui … nous ne sommes pas des sorciers. Nous sommes juste des supers sorciers. Notre péché mignon au pays : dire la vérité ! Seulement ça.
Christian Gombo, Ecrivain

