Au Soudan, une génération d’enfants «détruite» en une année de guerre

Amna Ishaq, déplacée du Darfour, ne nourrit plus ses enfants « qu’une fois par jour, voire pas du tout ». Après une année de guerre au Soudan, « une génération entière pourrait être détruite » prévient l’ONU avec des millions d’enfants déplacés, affamés, forcés de se battre ou de se marier et menacés de mort.

 

Dans le camp de déplacés d’Otach, monté il y a deux décennies au Darfour-Sud, les rations de bouillie de maïs n’arrivent plus. « Nous sommes tous malades et nos enfants avec nous, nous n’avons rien à manger et l’eau qu’on trouve est polluée », raconte Mme Ishaq à l’AFP, son long pagne rose noué autour des hanches.

 

Ici, depuis l’atroce guerre du Darfour des années 2000, une génération est née et a grandi. Mais quand la guerre est repartie, cette fois-ci de Khartoum, le 15 avril 2023, les diplomates et les humanitaires ont quitté le pays en masse, et cessé de fait d’aider les plus vulnérables.

 

Les pillages, les combats, les frappes aériennes et les routes coupées par les belligérants ont achevé d’isoler chaque région du pays, grand comme quatre fois la France. Aujourd’hui, estime l’ONU, 90% des Soudanais arrivés au dernier palier avant la famine sont inatteignables.

 

Enfants «vendus»

 

Parmi eux, prévient l’ONU, « 222.000 enfants pourraient mourir de faim d’ici quelques semaines ou quelques mois » et « plus de 700.000 cette année ».

 

Déjà, selon Médecins sans frontières (MSF), au moins un enfant meurt toutes les deux heures dans le camp de déplacés de Zamzam au Darfour-Nord tandis que dans le camp de Kalma, au Darfour-Sud, « depuis le mois de mars, 15 enfants intègrent l’unité de soins intensifs chaque jour avec plus de deux enfants qui meurent toutes les 12 heures », s’alarme l’ONG d’aide humanitaire Alight.

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Dans la capitale, rapporte le journal médical The Lancet, le petit hôpital pédiatrique Al-Buluk admet « chaque semaine 25 enfants souffrant de malnutrition aiguë, et chaque semaine deux ou trois d’entre eux meurent ».

 

En tout, près de trois millions d’enfants souffrent de malnutrition et 19 millions sont déscolarisés, mettant en danger l’avenir du Soudan, où 42% de la population a moins de 14 ans.

 

Adam Regal, porte-parole de la Coordination générale pour les réfugiés et les déplacés du Darfour, dit avoir vu mourir « des dizaines d’enfants ».

 

« A cause de l’entêtement » de l’armée du général Abdel Fattah al-Burhane et des Forces de soutien rapide (FSR) du général Mohammed Hamdane Daglo qui se disputent le pouvoir depuis un an, « les aides alimentaires et humanitaires n’arrivent plus », raconte-t-il à l’AFP.

 

Faute d’accès, mais aussi parce qu’à Khartoum, l’usine qui préparait les compléments nutritionnels pour enfants a été écrasée sous les bombes. Les usines de vaccins pour les nouveaux-nés, elles, ont été pillées alors que, partout, du Darfour dans l’ouest jusque sur la mer Rouge épargnée par les combats, dans l’est, le choléra, la rougeole et le paludisme sévissent.

 

Et au risque sanitaire s’ajoute l’horreur de la guerre. De plus en plus, des associations soudanaises tirent la sonnette d’alarme : pour pouvoir nourrir leurs enfants, des parents, disent-elles, « vendent » l’un d’entre eux. Ici, une ONG locale, raconte qu’un père a vendu sa fille de 15 ans contre des sacs de grain sur un marché.

 

Viols et enfants-soldats

 

Là, l’ONU évoque des cas de « mariages d’enfants » dus à « des séparations familiales » –des mères ou des pères ont perdu leur conjoint ou leurs enfants en fuyant des violences dans la panique– ou à « des violences sexistes et sexuelles dont le viol et les grossesses non désirées ».

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Les fillettes et les jeunes filles, comme les femmes, sont victimes, poursuit l’ONU, « d’enlèvements, de mariages forcés et de violences sexuelles liées au conflit au Darfour et dans l’Etat d’al-Jazira », au sud de Khartoum où se trouve une bonne part des déplacés.

 

Les experts du Conseil des droits humains de l’ONU disent avoir récolté « des informations sur des femmes et des jeunes filles vendues sur des marchés aux esclaves dans des zones sous contrôle des FSR et d’autres groupes armés, notamment au Darfour-Nord ».

 

Le danger qui guette les garçons, lui, est autre : l’armée, les paramilitaires mais aussi les milices tribales et ethniques, accusent ces experts, « recrutent et utilisent des enfants au Darfour, au Kordofan, à Khartoum et dans l’est du pays ». Certaines parties forcent même « des enfants venus d’un pays voisin à participer activement aux hostilités », ajoutent-ils.

 

Depuis les premiers jours de la guerre, des vidéos misent en ligne par soldats et paramilitaires montrent régulièrement des adolescents juchés sur des pick-ups ou fusils automatiques en main. C’est la « catastrophe d’une génération » ne cessent de marteler les responsables onusiens.

 

Dans un pays où, avant la guerre, près de la moitié des enfants avaient « un taux de retard de croissance de 40% » et où 70% des élèves de 10 ans étaient incapables de lire et de comprendre une phrase simple.

 

AFP/Sahutiafrica

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