On dit que l’écrivain Maudit, « on » gardez cela pour vous ce seront toujours les mauvaises langues de la République, les bonnes langues ne sucent que le vide et donc on raconte que l’écrivain Maudit était entré dans une colère noire quand il a vu le Chef remettre à la ministre des Affaires étrangères des fleurs pour son travail exceptionnel pour l’image du pays.
Certains rapportent (nous sommes toujours dans le « on ») que c’était une colère rouge. D’autres encore, une colère verte. Il y en a même qui n’étaient pas là physiquement et qui ont dit que c’était une colère jaune. Chacun va dans toutes les couleurs parce que l’écrivain Maudit ne comprend pas comment on peut donner à une ministre — non pas parce qu’elle ne le mériterait pas — des fleurs alors qu’elle fait tout simplement son travail pour lequel elle est, sans doute, trop bien payée, du reste…
Les fleurs du Chef ne reviennent-elles pas de droit aux opérateurs culturels ? Aux artistes ? Aux médecins, professeurs qui enseignent au niveau primaire et secondaire et qui sont restés consciencieux ? Aux militaires ? Aux Wazalendo ? Aux policiers, aux agents de renseignement qui sont restés sérieux ? Tout cela malgré les impayés, malgré le peu de salaire sans avantages énormes, malgré le transport difficile, malgré les coupures intempestives de courant, malgré les moustiques… Bref, tout ce que la ministre des Affaires étrangères ne vit pas en vrai et que la majorité des Congolais vivent…
Crise de jalousie…
Pour la ministre des fleurs, pour nous, toujours les pleurs encore et encore. Pour la ministre des fleurs, pour nous, les peurs encore et encore. Pour la ministre des fleurs, pour les gens qui meurent matin, midi et soir, même pas une fleur, comme les maisons préfabriquées ou les lampadaires ou forages pour lesquels l’État, en procédure d’urgence, a toujours sorti des millions de dollars. Dollars américains, s’il vous plaît.
Pour la ministre, encore et toujours des fleurs, alors que pour ceux qui dorment dans la rue, pour que la culture de ce pays puisse avoir un toit, n’ont même pas de sécurité sociale. Des saints, au pays, il y en a. Il y en a même beaucoup. Peut-être même beaucoup trop. C’est pour cela que, lorsque la misère, l’insécurité alimentaire, l’insécurité tout court nous frappent, nous ne savons plus à quel sein téter. Parce que les seins qui donnent du lait et du bon lait, ce sont des seins réservés, visuellement et visiblement. Les seins que nous autres tétons chaque jour, c’est déjà fade, tombé par terre, et pire, il y a du cancer dedans, il faut les couper.
De quoi nous poser des questions : jusqu’à quand donnera-t-on des fleurs à ceux qui font le travail pour lequel ils sont déjà grassement payés ? On dit que le porte-parole de notre pays a réponse à tout. On lui posera la question. S’il nous répond bien, nous sommes fous. S’il nous répond mal, nous sommes toujours fous. Dans tous les cas, chaque peuple a les dirigeants qu’il mérite. Heureusement que l’écrivain Maudit est congolais de père et de mère. Et donc, il ne peut être béni dans un pays béni ? C’est normal, non…
Christian Gombo, Ecrivain

