Contrés de quitter le camp de Lushagala à l’ouest de la ville de Goma, dans l’est de la RDC, plusieurs personnes déplacées passent la nuit à la belle étoile et sont livrés à eux-mêmes.
« Cela fait une semaine que je passe la nuit ici, dehors près du camp de Lushagala, avec mon épouse et nos quatre enfants dont un bébé de 6 mois », raconte Jean Rukera, qui a fui les combats entre l’armée congolaise et les rebelles du M23 à Masisi.
Jean Rukera affirme avoir tout perdu. Depuis, il ne sait à quel saint s’avouer. « Tout a été détruit chez nous et nous n’avons plus rien. Pas de maison, bétail, semences pour survivre. Me demander de rentrer chez moi, c’est me demander tout simplement de mourir », se désole M. Rukera.
D’autres personnes se sont carrément dispersées dans la ville de Goma, essayant de chercher des familles d’accueil de bonne volonté pour leur hébergement. Ils ne savent plus retourner dans leur village d’origine après avoir perdu tous les membres de leurs familles.
Viviane Sifa, la vingtaine, vient de Kitsanga dans le territoire de Masisi. Il raconte son calvaire, confiant avoir survécu après qu’une bombe est tombée sur leur maison.
« Mon père, ma mère et mes deux sœurs étaient tous morts. J’étais la seule survivante puisque j’étais à la toilette cette nuit-là, au moment de cet incident », relate-elle. Viviane Sifa a depuis fui vers Goma à pied avec d’autres personnes.
Pour elle, c’est une insulte de la demander de rentrer dans son village. « Cela me donne du chagrin quand je pense à tout ce qui s’est passé », se désole Mme Sifa.
Il y a deux jours, elle a été accueillie dans une église, où elle aide pour les entretiens et y dort en attendant de trouver une famille d’accueil. « J’essaie de circuler partout voir si je peux trouver une maison pour être même une bonne pour aider aux travaux ménagers et avoir un petit salaire pour survivre », a dit Viviane Sifa.
Quelques jours après la prise de la ville de Goma, le M23, soutenu par le Rwanda, avait affirmé qu’il « soutient et encourage pleinement les retours volontaires, mais qu’il ne contraignait personne à rentrer sans garanties de sécurité solides », avait affirmé Jens Laerke, porte-parole de l’OCHA.
Il avait rappelé que tous les retours devaient être volontaires et se dérouler dans des conditions de sécurité, d’information et de dignité, conformément au droit international humanitaire.
Jusqu’à la fin du mois de décembre 2024, la province du Nord-Kivu comptait 2,8 millions de personnes déplacées, dont 700 000 au sein de sites dans la périphérie de Goma, notamment dans le site de Lushagala, Rusayo et Kanyaruchinya, selon le responsable des opérations humanitaires de l’ONU en RDC, Bruno Lemarquis.
RK

