Alors que l’aide étrangère devient de plus en plus incertaine face aux priorités changeantes des pays donateurs, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) exhorte les nations africaines à se tourner vers le commerce et les investissements comme levier principal de développement économique.
Bright Okogu, haut responsable de l’OMC, a lancé cet appel lors d’une réunion du G20 tenue en Afrique du Sud, appelant les pays africains à « prendre en charge leur propre destin » au lieu de continuer à dépendre d’un système d’assistance extérieure de plus en plus fragile.
Cette déclaration intervient dans un contexte mondial tendu, marqué par une montée des politiques protectionnistes, des réorientations budgétaires dans les pays du Nord, et une pression croissante sur les dépenses militaires. Aux États-Unis notamment, des réductions de l’aide au développement sont envisagées, tandis que le renouvellement des accords commerciaux préférentiels avec les pays africains reste incertain.
Malgré son potentiel énorme et sa richesse en ressources naturelles, l’Afrique reste confrontée à une pauvreté généralisée. Le commerce intra-africain reste faible à peine 15 % des échanges totaux et la majorité des ressources exportées quittent le continent à l’état brut, sans transformation locale. Selon M. Okogu, cette structure économique ne peut pas soutenir durablement le développement.
Il appelle ainsi les gouvernements africains à privilégier les investissements productifs et la transformation locale des matières premières, afin de générer de la valeur ajoutée et des emplois à l’échelle nationale. « C’est par la construction d’économies intégrées, et non par les transferts ponctuels, que l’Afrique pourra assurer son avenir », a-t-il déclaré.
Le haut responsable de l’OMC a par ailleurs averti que la fiabilité de l’aide internationale diminue, notamment en raison des engagements militaires croissants des pays donateurs. Certains membres de l’OTAN visent un seuil de 5 % de leur PIB en dépenses de défense d’ici 2035 un choix budgétaire qui pèse lourdement sur les financements alloués au développement.
Dans ce climat de réajustement mondial, M. Okogu plaide pour une consolidation des politiques internes en Afrique, encourageant les dirigeants à bâtir des systèmes économiques résilients, soutenus par des accords commerciaux justes et une coopération régionale renforcée.
En tant que seule nation africaine membre du G20, l’Afrique du Sud a placé la soutenabilité de la dette et la résilience climatique des pays en développement au centre de sa présidence. Mais le défi est immense : le G20 reste un groupe fragmenté, où cohabitent les intérêts divergents des États-Unis, de la Chine, de la Russie, de l’Union européenne et de l’Union africaine.
Cette alerte intervient alors que les finances publiques des pays africains sont de plus en plus sous pression. Dans plusieurs d’entre eux, le service de la dette représente désormais plus de 10 % des recettes de l’État un seuil préoccupant, en forte hausse par rapport à il y a dix ans.
Ephraïm Kafuti

