« Quand je conduis la moto, je fais très attention. Je suis responsable et père de famille. Beaucoup de gens dépendent de moi et je ne fais pas n’importe quoi à moto », affirme Ibrahim, jeune motard de 35 ans à Kinshasa. Sahutiafrica.net l’a rencontré dans le cadre de la série de reportages consacrés aux motards.
Ibrahim a une conduite prudente. Il parle calmement et ne se faufile pas entre les voitures. Il reste à bonne distance alors que le vent siffle dans ses oreilles. Ibrahim ne porte pas de casque, mais il a des lunette pour ses yeux. Il a conscience des risques qu’il encoure à moto. « Sur une moto, tu n’as presque pas d’accident sans dégât. Même si tu tombes seulement, tu peux te blesser et te faire mal. Si vous avez un accident grave, imaginez ce que vous pouvez avoir comme dégât? Si tu ne meurs pas, tu auras au moins un lourd handicap ou des séquelles. Voilà pourquoi, la vitesse ne sert pas à grand chose surtout à Kinshasa où les gens conduisent mal. Par contre, dans un accident en voiture, on peut s’en sortir sans rien », raconte Ibrahim qui conduit sa moto faute de mieux.
Informaticien de gestion à la gestion des motos
En fait, il est informaticien. « J’ai fait l’informatique de gestion à l’ISIPA. J’ai travaillé dans quelques banques et dans des grands magasins dans la gestion informatique des stocks. Je concevais les bases de données pour la gestion informatisée. Après avoir perdu mon dernier emploi, je n’avais pas de quoi nourrir ma femme et mes trois enfants. Je me suis lancé dans la moto. J’ai celle que je conduis. Il y a deux autres jeunes qui travaillent pour moi », explique cet informaticien motard.
Depuis, il applique certaines notions de gestion dans son business. Il établit des tableau sur des feuilles pour le suivi des activités de chaque motard. « Ce ne sont pas des fiches excel sur ordonnateur, mais mes fiches sur papier me permettent de bien suivre chaque motard ».

Pourtant, Ibrahim compte déjà abandonner ce métier. En cause, les difficultés et la conduite parfois irresponsable d’un conducteur dans son entreprise.
« Le petit s’est coupé trois doigts avec la chaîne de transmission. Il avait entendu un bruit et a laissé la moto en marche et ses doigts se sont pris dans la chaîne. Sur place, un doigt est tombé et les deux autres coupés et pendants ont été remis à leur place. Et j’ai dû sortir plus de 250 000 Franc congolais, soit plus de 120$ de ma poche pour cette intervention. Le petit va mieux. Mais, il ne peut pas travailler parce que ce sont les doigts de sa main gauche qui tire sur l’embrayage qui ont été sectionnés », regrette Ibrahim.
Il espère en fait retrouver un travail d’informaticien pour quitter définitivement l’activité de motards. « Ici, on rencontre tout le monde. Et c’est parfois compliqué à vivre parce que nous sommes tous confondus. Nous qui avons étudié et les motards qui n’ont pas étudié. Tous on est dans le même sac. Mais, je fais toujours attention de me distinguer par ma conduite et surtout par la responsabilité que j’ai de la vie des clients que je prends », détaille Ibrahim. Prudemment, il prend le virage sous le pont du saut de mouton du rond-point Socimat. Contrôle. Un regard à gauche et à droite. Leger coup de gaz pour éviter les véhicules qui vont vers le rond-point Safricas. La moto d’Ibrahim se lance en direction de Kitambo Magasin. Il clignote avant chaque dépassement. Et ne s’engage que quand la voie est dégagée. C’est prudemment que Ibrahim, l’informaticien de gestion, un peu plus de 1,60m, de jeans vêtu, dépose son client à la station de Kitambo. Coup de gaz, Ibrahim s’engage à nouveau dans la circulation et s’y perd.
Alimasi Kambale

