Le combat du Gabon pour préserver sa faune

Coup de sifflet. La voiture s’immobilise. « Arrêtez le moteur et descendez du véhicule s’il vous plaît ». La fouille commence et les agents du ministère gabonais des Eaux et Forêts inspectent chaque cachette possible, à la recherche de gibier ou de fusils. Rien à signaler. 

Cette brigade traque les braconniers, de l’aube au crépuscule, au cœur de la forêt équatoriale qui recouvre 88% de ce petit pays d’Afrique centrale doté d’une biodiversité exceptionnelle. 

« Tout le monde braconne, il n’y a pas de profil type. Du villageois qui cherche à se nourrir au notable de la ville qui entretient un circuit international », explique le commandant Jerry Ibala Mayombo, chef de la brigade à l’AFP, qui patrouille non loin de la bourgade de Lastourville, à 500 km au sud-est de la capitale Libreville. 

« Notre mission est d’éduquer, sensibiliser et, en dernier ressort, réprimer », poursuit-il. Les plus lourdes peines concernent le trafic d’ivoire, jusqu’à 10 ans de prison. 

Fruit d’un partenariat entre le ministère, l’ONG belge Conservation Justice et la compagnie suisse et gabonaise Precious Woods-CEB, cette patrouille officie depuis deux ans dans cette exploitation forestière. 

La zone est fortement touchée par le braconnage et les pistes, creusées dans l’épaisse forêt pour l’exploitation du bois, profitent aussi aux chasseurs. 

Conflit homme-éléphant 

« Au début, le sentiment général était la défiance. Plus aujourd’hui, car nous faisons comprendre aux populations le bien-fondé de notre action », assure M. Ibala Mayombo. 

Ces gardes ne sont pas armés. « Nous sommes confrontés à des braconniers violents qui nous menacent, parfois avec leurs fusils », témoigne le chef des gardes, accompagnés de gendarmes ou de policiers quand cela est nécessaire. 

En 2021, la brigade a saisi 26 armes, une quarantaine de gibiers et interpellé huit personnes pour trafic d’ivoire. « La tendance est à la baisse », estime le commandant. 

Dans un hameau, une femme se lamente devant son champ ravagé par les éléphants de forêt, une espèce menacée d’extinction, dont la population dans le monde a chuté de 86% en 30 ans. Mais au Gabon, elle a doublé en 10 ans, pour atteindre quelque 95.000 individus, dont certains ravagent régulièrement les cultures vivrières. 

« Tu viens le matin, tu vois qu’il a mangé une partie. Tu viens le lendemain, il a pris une autre partie. En quelques jours, la plantation est finie. Je n’ai pas d’argent, plus rien à manger. Je vais faire comment ? », pleure Hélène Benga, 67 ans. 

« On a compris qu’on préservait les éléphants. On ne les chasse pas. Donc les éléphants sont plus importants que nous. Donc on va mourir. Mon mari et moi n’avons pas la retraite. Ce sont les éléphants qui vont voter ? Si tout le monde est comme moi, oh ! les bulletins vont aller dans le vide », menace-t-elle. 

La lutte pour préserver la biodiversité n’est pas toujours populaire au Gabon chez les habitants des zones reculées qui vivent de ce qu’ils plantent et de la chasse. 

Sensibilisation 

Pour expliquer l’intérêt de protéger faune et flore et rappeler la loi, des réunions de sensibilisation sont organisées dans les villages sur la concession avec des employés de CEB et des membres de Conservation Justice. 

Dans la salle communale de Bouma, une trentaine d’habitants s’est rassemblée pour les écouter : dates d’ouverture et zones de chasse autorisées, espèces protégées, démarches pour obtenir un permis.

L’ambiance est assez tendue, les questions fusent. « Que peut-on faire quand les bêtes envahissent notre champ ? Où sont emportés l’ivoire et le gibier saisis par les autorités ? Comment distinguer une espèce menacée d’une autre quand on chasse la nuit ? ». 

« Je comprends qu’il faille sauvegarder la faune. Mais nous, au village, on vit de quoi ? De la chasse. Les lois nous frustrent », se lamente Léon Ndjanganoye, la cinquantaine. 

Le Gabon fait de la protection de sa biodiversité une priorité et se présente comme le bon élève d’une région tourmentée par des guerres, les destructions de l’habitat forestier de certaines espèces et le trafic de viande de brousse. 

Pour protéger ses espèces emblématiques comme l’éléphant, le gorille, le chimpanzé ou la panthère, le Gabon a déployé en 2002 un réseau de 13 parcs nationaux qui couvrent aujourd’hui 11% du territoire. 

Il a aussi créé, en 2017, 20 aires marines protégées, sur plus de 53.000 km2, soit la plus grande réserve d’Afrique qui protège 27% des eaux territoriales gabonaises. 

AFP/Sahutiafrica 

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