En battant le Soudan à Kinshasa (2-0), la RDC a validé son ticket pour la Coupe d’Afrique des nations (Can) prévue en Côte d’Ivoire en 2024. A 47 ans, Sébastien Desabre, sélectionneur des Léopards, est l’artisan de la remontada congolaise dans ces éliminatoires.
Stade des Martyrs. Samedi 9 septembre. Premier match de Sébastien Desabre à Kinshasa. L’euphorie. Le public chante, exulte, acclame, jubile au coup de sifflet final. Accolades chaleureuses avec ses adjoints. Vêtu d’un t-shirt noir taillé sur mesure, Desabre paraît souriant, calme, et surtout, soulagé. La RDC tient sa qualification. Ce qui, à son arrivée, il y a un an, semblait de plus en plus hypothétique.
Homme de la situation
Desabre ? À Kinshasa, c’était un nom peu connu, mais facilement reconnaissable par les supporters congolais lorsqu’ils se souviennent de la défaite des Léopards à la Can 2019 en Egypte face à l’Ouganda (2-0). Pourtant, Sébastien Desabre découvre le football africain lorsqu’il rejoint Asec Mimosas de la Côte d’Ivoire en 2010, où il est décrit comme un homme rigoureux et bon travailleur. Puis, il est passé notamment sur les bancs de Coton Sport Garoua du Cameroun, d’Espérance de Tunis et du Wydad Casablanca du Maroc. C’était avant de rejoindre l’Ouganda en 2018. Avec cette sélection, il a disputé sa première Can.
Mais, les supporteurs congolais, parfois nostalgiques de l’épopée de Florent Ibenge à la tête des Léopards, ne voient pas le technicien français comme l’homme de la situation. Sur le banc congolais, Sébastien Desabre prend ses marques.
« Depuis son arrivée, il y a une sérénité déjà dans la tanière parce que certains Léopards ne s’entendaient plus. Il y avait quelques conflits, mais ça ne se disait pas tout haut. Il a su stabiliser l’équipe, en occupant ce poste de sélectionneur-manager. Cela lui a permis non seulement de diriger l’équipe, mais de savoir comment négocier avec certains joueurs, qui voulaient intégrer la sélection », commente la journaliste Olga Masangu, analyste sportive, à Sahutiafrica.
Marques Desabre
En fait, le technicien français s’est aussi passé de certains cadres de la sélection. Il s’agit notamment de Marcel Tisserand, ancien capitaine des Léopards, 30 ans et 36 sélections. Tout comme de Yannick Bolasie. Il fait appel à quelques nouveaux : Dylan Batubinsika, Aaron Tshibola, les frères Kalulu, Williams Balukwisha… Au sein de l’équipe, le climat paraît serein, convivial et calme. Sébastien Desabre a su trouver les mots pour convaincre Cédric Bakambu, qui avait claqué la porte de la sélection, de revenir. Chancel Mbemba et Gaël Kakuta aussi ont fait leur retour.
« Il a apporté le changement du système. Il a réussi à faire comprendre aux joueurs que nul n’est indispensable. Ce n’est pas parce que tu es titulaire aujourd’hui, que tu le seras demain. Il se base sur la forme actuelle du joueur », argue Olga Masangu. Pour elle, cette remontée de la RDC s’explique par le discours qu’a eu à tenir Sébastien Desabre, mais aussi par « la motivation de la plupart des joueurs de disputer une Can pour la toute première fois ».
Équilibre
Dans cette histoire, la RDC a raté son entame dans les éliminatoires. D’abord battue à Kinshasa par une équipe du Gabon venue à deux heures du match, 1-0. Quatre jours plus tard, les Congolais avaient perdu à Khartoum (2-1). Sur le banc congolais, Sébastien Desabre savait que c’était une mission difficile, mais pas impossible. En fait, depuis son arrivée, cette équipe a changé et semble s’être remise du 4-1, aux barrages de la Coupe du monde 2022 face au Maroc, et avoir oubliée ses deux défaites d’entrée.
«On est très fier»
Les Léopards ont retrouvé des repères. La sélection congolaise a enchaîné des succès. De la dernière place avec un zéro pointé à la première avec 12 points, les Léopards sont revenus de loin dans ces éliminatoires. Ils ont remporté leurs quatre derniers matchs, dont un sur tapis vert. 7 buts marqués. Deux buts encaissés. « Il y a un problème de constance au niveau de la sélection. Sébastien Desabre a apporté la constance et l’équilibre au sein de l’équipe nationale. Aujourd’hui, le plus important, pour lui, est de conserver 75% de l’effectif avant de passer dans une autre fenêtre. Car, cela maintient l’équipe sur la continuité », analyse le journaliste José Lelo.
Face au Soudan, Sébastien Desabre a réussi son premier test au stade des Martyrs. Après un départ agité, la RDC termine sa course en douceur.
« Il y a eu un faux départ. Ça fait aussi partie de la réadaptation mentale au niveau des joueurs. Là-dessus, j’ai des grands professionnels, qui évoluent dans des grands clubs. Ils sont capables de gérer ces évènements-là. On est très fier. C’est ce qu’on se dit dans le vestiaire. Le plus important est que les supporters soient fiers d’être Congolais et de la sélection. On sent une effervescence autour de l’équipe qui monte crescendo. Ça donne encore envie de faire mieux parce qu’on est perfectible dans notre jeu, même si on est qualifié », a soufflé le sélectionneur Sébastien Desabre, en répondant à une question de Sahutiafrica. Absente lors de la dernière édition, la RDC retrouve la Can après une remontada inédite. Sa 20ᵉ participation.
Trésor Mutombo

