La justice congolaise, jadis malade, semble avoir rendu l’âme à l’hôpital de tous les procès de la République qui n’ont abouti à aucune condamnation : procès des 100 jours, procès des lampadaires, procès des forages, etc.
Pendant ce temps, la peine de mort frappe rapidement tous les petits délinquants de Kinshasa et d’ailleurs, tandis que les grands délinquants, autrement dits « kuluna en cravate », qui sont à l’origine de ces petits délinquants, demeurent intouchables dans ce pays. Bon Dieu ! Que veux-tu encore nous enseigner dans ce pays ?
Après tous les états généraux, notamment ceux de la justice…
Tous les grands noms du pays, tous les notables, les puissants, les intouchables, les honorables, les excellences, tous les premiers ministres honoraires – parce que nous n’avons jamais avalé la pilule de Bukanga-Lonzo – toutes les personnes argentées du pays qui excellent dans l’art de siphonner notre argent, l’argent de tout le monde, en procédure d’urgence… Bref, nous ne pouvons citer de noms, mais vous pouvez imaginer combien nous aimerions le faire avec plaisir.
Cependant, comme nous sommes interdits de mentionner n’importe quel nom, surtout s’il appartient à l’une des catégories que nous avons énumérées précédemment, nous ne pouvons les citer sous peine d’emprisonnement, voire de peine de mort, avec l’excitation d’un tribunal, surtout si le ministre assiste à notre procès.
Tout cela parce que beaucoup de ceux qui jugent n’aiment pas lire cette magnifique fable que nous n’allons jamais reprendre ici, « Les animaux malades de la peste », pour ne pas plagier qui que ce soit. Nous préférons mourir par mer, par océan, par fleuve et même par route plutôt que de plagier un texte d’un autre artiste.
Après tous les états généraux, notamment ceux de la justice…
Les condamnations à mort, la censure, les coupures intempestives d’internet comme celles de l’électricité, les impaiements, les sanctions financières et économiques, les licenciements abusifs, la prison, le cachot, le manque d’eau potable, et même le droit à la parole de Kabila, qui pour une fois nous a fait douter de l’intelligence de ses habituels silences… Bref, après tout cela, quelle couleur a la justice dans notre pays ?
Moi-même, je ne sais pas. Cela ne veut pas dire que je n’en sais rien. Mais avec le temps, nous avons appris beaucoup de choses sur notre justice. C’est pourquoi nous nous efforcerons toujours d’être du côté de la justice, et nous préférons prévenir : « entre la justice et ma mère, nous prendrons notre mère. »
C’est la seule personne qui prie de quitter ce monde avant nous. Et dire que la justice devrait être notre mer à tous pour y noyer toutes formes d’injustices. Pour l’instant, ça nous casse les dents et nous ne pouvons rien dire sous peine de voir sur nous toute l’armée céleste qui peine à récupérer Bunagana, Goma, Bukavu…
Eh Dieu ! Que t’avons-nous fait ? Dis-nous seulement la vérité comme ça, on va tous mourir pour aller demander pardon à Lumumba. C’est là que j’ai pensé : « mais si on meurt tous, qui va rester surveiller le fleuve et le pays ? » Satan m’a soufflé : « mais le Rwandais… qu’est-ce que tu crois ? » Je me suis réveillée et je suis allée prendre ma bière encore. Comment je fais pour dormir sobre ? Dormir sobre en RDC mais quelle malédiction ! C’est en dormant sobre qu’on fait des rêves qui se réalisent toujours : pipi, caca… mais jamais d’or, de coltan, d’argent… Au moins je vous aurais prévenu !
Christian Gombo, Ecrivain

