Après avoir donné naissance, la mère scorpion fait asseoir ses petits sur son dos. Et ces petits, sans la moindre hésitation, commencent à dévorer sa chair. Malgré sa force, elle ne proteste pas, ne se débat pas. Elle endure en silence, offrant son propre corps en sacrifice.
Peu à peu, ses forces l’abandonnent. Elle ne peut plus avancer, mais ses petits, eux, ont désormais la vigueur nécessaire pour marcher seuls. Et quand ils le peuvent enfin, elle s’éteint, ayant donné jusqu’à la dernière parcelle d’elle-même. Ainsi, sa propre vie se dissout dans celle de ses enfants.
Aujourd’hui, beaucoup d’entre nous ressemblent à ces scorpions. Depuis notre naissance, nos parents se battent sans relâche, jour et nuit, sacrifiant leur confort pour nous offrir une éducation, un toit, de quoi nous vêtir et nous nourrir.
Pourtant, nombreux sont ceux qui, une fois devenus adultes, oublient ces mains qui les ont portés. Absorbés par leurs ambitions, ils laissent leurs parents vieillir dans l’ombre, sans se retourner, sans voir que la vie les mènera, inexorablement, à cette même place où eux se tiennent aujourd’hui.
Christian Gombo, Ecrivain

