C’est comme une foudre qui s’abat sur moi. Savoir que la mort peut-être si proche fait flipper. Ah Béton ! Je le connaissais. On se connaissait. Il avait ce qu’on appelle « une mordante envie de vivre ». Et pourtant sa vie n’était pas facile. Alors on profitait de la vie. Quand il allait bien, on s’amusait. On jouait au football. On courrait dans tous les sens. On draguait. On bais… baissait la culotte du temps pour abuser de lui. Des rigolades spontanées riches en dramaturgie.
Des salutations spécifiques qui trahissaient notre fougue de la jeunesse. Des heures de libation entière poussant la nuit à des crises d’impatience. Des moqueries bon marché, des fou-rires inoubliables, des sorties osées mais surtout arrosées, nous étions nous-mêmes et personne n’était malade. Instinctivement on se cherchait, on se recherchait.
Par terre, on mangeait dans la bonne humeur avec une dose d’humour incroyable. La vie était belle et nos rêves étaient plus grands que le soleil de Kin. Ah Béton ! L’ami d’un jour, l’ami de toujours. Ah Béton ! Notre millionnaire ! Notre frère de sang. Je vois encore la fois où j’ai pour la première déçu mon père « notre idée géniale après une chasse malheureuse à l’église sur le chemin du retour qui avait consisté à simuler les cris vulgaires de kuluna » sur notre avenue.
Notre chère avenue Bamboma. Lieu de toutes les dramaturgies. Lieu de tous nos liens. Oui ce jour-là en jouant aux kuluna, on avait fait fuir toute une avenue. Malheureusement pour nous, l’opiniâtreté de Tonton Jean-Michel avait eu raison de nous. Et comme un hasard, c’était la BBM qui avait été pris alors que les autres prenaient la fuite. Toi (Millionaire), moi (Bourgeois) et JRB (Barron). Le club de riches de Bandal. Les riches du pays. C’était notre fiction-réalité ! Et le plus beau dans tout ça et qu’on était vrais. Authentiques. Tu t’en souviens n’est-ce pas ?
On profitait de la vie. On faisait ce qu’on voulait parce qu’ensemble on était fort. Ensemble nos rêves étaient plus grand que le Congo réuni. Je n’oublie pas. Je ne t’oublie pas. Et tu fais parti de ma littérature donc de mon éternité. Repose en paix Béton ! En moi, en nous qui avons été réchauffés par la chaleur de ton soleil existentiel, tu vivras à tout jamais. Un Béton se casse mais ne se perds pas ! Adieu Hervé KIMBULUNGU ! Dans ce monde ou dans l’autre on se reverra !
Carnet de Christian Gombo

