– Bonjour, Monsieur le Sage !
– Je crains de ne pouvoir répondre comme il se doit. Mon pays, hélas, est plongé dans la guerre depuis tant d’années. À peine commence-t-on à en mesurer l’ampleur. Même lorsque la douleur est palpable, nous pleurons, pleurnichant comme des enfants devant ceux qui nous regardent, indifférents à notre sort. L’argent, vous savez, est un maître impitoyable. Si l’on peut gagner davantage en réduisant le nombre de Congolais, où serait le mal ?
Comprenez bien que mes jours sont sombres. Depuis ma naissance, j’ai appris que notre terre est convoitée. Si nous étions en leur place, nous ferions peut-être pire. Chacun d’entre nous cherche l’enrichissement facile, préférant cela à un coût personnel. Les Congolais, hélas, semblent ne pas mériter leur terre, car ils ne peuvent la défendre seuls.
Trop de mots, trop de littérature, et pourtant nous voyageons aux quatre coins du monde, pleurant ce que tous savent, tout en refusant d’agir. Nous choisissons de dépenser sans espoir pour des gestes vains, plutôt que de dissoudre courageusement le parlement et le gouvernement. Ainsi, le Chef de l’État pourrait doter nos soldats et policiers de ce qui est nécessaire pour éviter que de telles atrocités ne se reproduisent.
Nous avons fait le choix des plaintes éternelles, des discours stériles dans un parlement qui a longtemps maintenu l’état de siège, se réunissant encore pour nous narrer des histoires, tous vêtus avec soin. Un seul député a osé se présenter nu pour manifester sa compassion, soulignant l’absurdité des bureaucraties face à ceux qui agissent contre nos intérêts.
Nous avons perdu la honte de ne plus pouvoir aller à Goma ; Bunagana, n’en parlons même pas. La guerre est devenue un concept théorique, un geste de « silence » dans nos bureaux climatisés, préservant nos privilèges. Mais cette guerre, désormais, prend des proportions inquiétantes.
Et quand la vérité se dévoile, parfois, nous restons dans l’ignorance. À d’autres moments, lorsque nous souhaitons la partager, nous sommes accusés de tous les maux, la peine de mort brandie comme une menace. Pendant que ceux qui méritent cette peine paradent fièrement, nous narguant à l’Est de notre pays.
Excusez-moi pour cette tirade, Monsieur le Journaliste. Je ne sais comment vous saluer, car mes jours sont sombres et nous ne pouvons donner que ce que nous avons.
– J’ai peur de vous poser une autre question maintenant…
– Vous avez raison… Vous risquez en effet la peine de mort. Chez nous, les choses ne sont plus à prendre à la légère. La justice, après les états généraux, a décidé qu’il fallait brandir cette peine partout surtout face aux faibles. Pour les « kulunas » en cravate, nous constatons des choses, beaucoup de choses qu’on ne saurait avancer ici parce que nous n’avons pas des preuves normalement, mais pour ceux sans cravate, la loi est dure, c’est ainsi…
– Merci d’avoir répondu à nos questions, et je ne vous laisse pas le dernier mot ! Merci de me comprendre !
Christian Gombo, Ecrivain

