Mercredi 28 mai, le tribunal kényan a accordé un délai supplémentaire aux procureurs pour approfondir leur enquête sur l’arrestation de quatre cinéastes indépendants, accusés d’avoir diffusé de « fausses informations » à la suite de la diffusion d’un documentaire de la BBC dénonçant la répression policière des manifestations anti-gouvernementales de juin-juillet 2024.
Les quatre réalisateurs, Nicholas Wambugu Gichuki, Brian Adagala, Mark Karubiu et Chris Wamae, avaient été arrêtés le 2 mai à Nairobi. Ils ont depuis été libérés sous caution, mais restent sous le coup d’une enquête judiciaire. Lors de l’audience de mercredi, la justice a fixé un nouveau délai jusqu’au 16 juin pour poursuivre les investigations, tout en interdisant toute nouvelle inculpation ou arrestation avant cette date.
Ces arrestations interviennent dans un contexte tendu, marqué par les manifestations contre un projet gouvernemental de nouvelles taxes, qui avaient fait au moins 60 morts, selon plusieurs sources. Les forces de l’ordre kényanes sont notamment accusées d’avoir tiré sur des manifestants, et des dizaines de personnes auraient été enlevées ou détenues illégalement, certaines restant toujours portées disparues.
Le documentaire incriminé, intitulé Blood Parliament (Le Parlement de Sang), diffusé par la BBC et visionné près de 7 millions de fois sur Youtube, met en lumière ces violences policières. Cependant, la BBC a précisé que les quatre cinéastes arrêtés n’avaient pas participé à la réalisation de ce film.
Deux des cinéastes arrêtés ont révélé que leurs ordinateurs portables, disques durs et téléphones avaient été saisis par la police. L’un d’eux a également rapporté avoir été interrogé sur d’éventuelles actions contre le gouvernement.
Face à cette situation, une coalition de groupes de défense des droits humains kényans et internationaux, le Police Reforms Working Group, a appelé les forces de l’ordre à concentrer leurs efforts sur l’identification et la mise en accusation des membres des forces de défense et de la police kényanes mentionnés dans le documentaire. Selon eux, « c’est là que réside l’intérêt public ».
Ephraïm Kafuti

