Alpha Condé, ex-président, et plus de 180 hauts responsables sous son régime, vont être poursuivis notamment pour des faits présumés de corruption, selon une lettre du ministre guinée de la Justice adressée aux procureurs généraux.
Alphonse Charles Wright, ministre de la Justice, dresse une liste de 188 noms, dont certains sont déjà en détention. Selon le document, leurs comptes sont gelés. Parmi eux, l’ancien Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana et une quarantaine d’anciens ministres, comme Mohamed Diané à la Défense, Mamady Camara, à l’Économie ou Mariama Camara, au Commerce.
Un certain nombre de conseillers à la présidence sous le régime Condé sont également cités. Corruption, enrichissement illicite, blanchiment d’argent, faux et usage de faux en écriture publique, détournement de deniers publics et complicités. Tels sont les faits reprochés à ces anciens hauts responsables. « Le gouvernement guinéen, dans sa politique de moralisation de la vie publique, s’est fixé comme objectif la lutte contre les infractions économiques et financières », affirme M. Wright.
Pour lui, il est impératif d’ouvrir des enquêtes judiciaires pour élucider l’origine des fonds de ces différents comptes sans que cela ne porte préjudice au dégel lorsqu’il sera établi de manière contradictoire que ces comptes sont exempts de toute présomption d’enrichissement illicite.
Chassé du pouvoir à la suite d’un putsch il y a un an, le président Alpha Condé est de nouveau dans le viseur de la justice de son pays. Déjà en mai dernier, il a été accusé des faits présumés notamment d’assassinats, actes de torture, enlèvements et viols, dans ce pays où la répression des manifestations politiques est souvent brutale.
La justice guinéenne avait agi à la suite de l’action engagée en janvier 2022 par le Front national de défense de la Constitution (FNDC), un collectif qui a mené pendant des mois à partir d’octobre 2019 la contestation contre un troisième mandat de M. Condé. Mais ce collectif a depuis été dissous par la junte, car ses membres dénonçaient la gestion « unilatérale » de la période dite de transition, la confiscation du pouvoir, et avaient appelé à des manifestations, interdites par les autorités. Plusieurs de leurs cadres croupissent désormais depuis en prison.
En Guinée, le colonel Doumbouya, qui s’est engagé récemment à remettre le pouvoir à des civils élus dans un délai de 2 ans, a assuré à sa prise du pouvoir qu’il n’y aurait pas de « chasse aux sorcières » mais que la justice serait la « boussole » du pays.
La Rédaction

