RDC/Littérature : «…ce livre est une fiction qui rend hommage à mes Carnets» (Christian Gombo)

Ses chroniques satiriques dénommées Carnet de Christian Gombo, sa motivation et son aventure avec Sahutiafrica… Christian Gombo Tomokwabini, écrivain congolais et coordinateur de l’Ong Lire est l’Aliment pour l’Esprit Humain (LAESH), se livre.

Les lecteurs de Sahutiafrica sont habitués à lire ses Carnets. Avec ses chroniques toujours aussi poignantes, il peint l’actualité congolaise avec sarcasme. L’écrivain Christian Gombo, 35 ans, présente son nouveau livre « Carnet de Christian Gombo » ce dimanche. Pour lui, c’est une fiction qui rend hommage à ses Carnets. Avant cette cérémonie prévue à l’académie de Beaux-arts, l’écrivain s’est confié. Entretien.

Sahutiafrica : Comment s’est développé votre amour pour la lecture et les livres ?

Christian Gombo : Je suis né avec une maladie. Une maladie rare. Une maladie qui m’empêchait de bien respirer. Alors, j’ai grandi en étant tout le temps protégé. Protégé dans la maison alors que tous les autres enfants jouaient dehors, protégé à l’hôpital alors que tout le monde semble être bien portant, du coup, mes premiers amis ont été les livres. Mon père en avait beaucoup. Alors, je tuais le temps avec. Je lisais, je lisais, puis un jour, j’ai commencé à écouter des voix, des paroles, alors j’ai commencé à transcrire par écrit ce que j’entendais ou écoutais et depuis lecture et écriture font parties de ma vie.

SA : Depuis plus d’une année, nos lecteurs ont l’habitude de lire vos chroniques écrites dans un style satirique. Déjà pourquoi ce choix et ce style satirique ?

Christian Gombo : Le style satirique, pourquoi ? Parce que j’estime que l’humour permet de compresser n’importe quelle réalité. Nous souffrons dans notre pays, on souffre pour de vrai, dans la chair, dans le sang, dans l’âme, dans l’esprit, en tout et pour tout la souffrance est un plat quotidien qui nous embrasse et toujours en face de nous, des gens sérieux, des politiques, des politichiens, qui sont là pour nous dire que cela va faire plus de 500 ans qu’ils bossent pour notre bien-être. Alors, j’ai choisi l’humour pour raconter les choses graves qui nous déchirent pour voler un sourire. Non, des sourires. C’est bien souvent forcé, mais c’est mieux que rien, et tous, nous savons en plus que tous les discours sérieux de la République n’ont jamais sorti le monde de la misère. Alors contre mauvaise fortune, j’essaie de faire bon cœur… Je me plais dans l’humour, dans l’ironie parce que ce sont des souhaits réalisables.

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Le nouveau livre de l’écrivain Christian Gombo(@sahutiafrica)

Le Congo est grand. Cela nous demande de la grandeur, pas seulement dans le bas de la ceinture comme dans la plupart de cas par devant comme par derrière, mais dans la matière grise, et surtout dans le cœur. Ainsi, en riant même un peu puisque c’est le but recherché, je cherche à faire oublier, je cherche à faire vivre le temps d’un instant des réalités probables, faisables qui nous fuient encore et toujours.

SA : Qu’est-ce qui vous a motivé à se lancer dans une telle aventure avec Sahutiafrica ?

CG : Ma première motivation a été les encouragements de plusieurs lecteurs et ma rencontre avec Jacques Matand’ a renforcé cette envie d’écrire pour toucher les gens, directement comme indirectement. Un Carnet, c’est d’abord un ressenti, une pensée, une idée pour dire en blaguant ce qui nous détruit ou nous construit.

SA : En tant qu’écrivain, vous avez quel aperçu de la société congolaise ?

CG : En tant qu’écrivain, les différents retours que je reçois me font dire que nous méritons mieux pour notre pays et nous pouvons mieux faire pour ce pays. Et cela me fait dire aussi que la société congolaise comme beaucoup d’autres d’ailleurs est une vaste comédie où beaucoup jouent au mieux un rôle. Et quand la vérité nous embrasse, c’est notre réalité qui part en fumée. Nous sommes une nation de façade, on vit la vie des autres chacun à son niveau et le plus grand problème qu’on a ce qu’on a un rapport très compliqué avec l’argent comme la vérité.

SA : Politique, justice, sécurité, sports, société… Vous avez publié vos chroniques dans ces différentes thématiques. Que cela vous apporte dans votre travail d’écrivain ?

CG : Tout ce que j’écris m’aide à me sentir mieux. Des absurdités, il y en a tellement dans mon environnement que je les poursuis sans cesse pour les décrire. La honte ne tue pas, la con-golité a tué le nationalisme et nous sommes un peuple sans puissance aucune.

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SA : Sur presque tous les évènements politiques du pays, vous avez écrit une chronique. Laquelle vous a le plus marquée ?

CG : Ma chronique préférée, c’est compliqué à dire, mais si je dois tout perdre pour n’en garder qu’une avec un revolver sur la tempe, je prendrai volontiers « Air- décès : Exceptionnel pays d’exception » où j’ironise sur le fait que tous les super héros Avengers et Super League réunis sont incapables de résoudre les Mathématiques congolaises. Partout de gens sérieux essaient de faire avancer certaines bonnes choses pour eux, il n’y aura jamais des moyens, mais allez seulement devenir pasteurs, ministres, stars de x et y et vous verrez comment ce pays s’occupe bien de tous ceux qui ne vivent pas la misère. On ne prête qu’aux riches dit-on.

Pour finir, après plusieurs publications de mes Carnets, voici, une fiction qui vient de paraître pour rendre hommage à mes Carnets. J’aurais pu choisir la facilité en publiant un livre qui ne contiendrait que différentes chroniques de mon Carnet, mais non, j’ai choisi de créer une fiction. Une fiction dans laquelle j’oppose Christian Gombo à Gombo Tomokwabini. L’un est un évolué, un aliéné aguerri et l’autre un panafricain si pas panafricaniste Les deux vont dialoguer en traitant les différents problèmes que nous avons sur notre identité collective. Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? Que serons-nous ? De t’as de questions qui nous replongent dans des véritables questions de fond, car pour aller de l’avant, il faut d’abord se connaître et notre plus grand malheur est qu’on ne se connaît même pas…

SA : Est-ce un appel à l’homme congolais de faire une introspection, mais aussi de prendre consciences des enjeux de la RDC ?

CG : Je parle dans mes écrits aux consciences ! Loin de moi l’idée de faire le moraliste ou le saint, je suis un Congolais qui voit chaque jour des multiples incohérences qui ne nous aident pas souvent, alors j’essaie de les montrer en évitant d’être trop sérieux, car l’excès de sérieux tue chaque jour, le pays et le manque de sérieux l’assassine à chaque seconde.

Propos recueillis par Trésor Mutombo

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