Les chances de la Côte d’Ivoire, la pression de jouer à domicile, ses souvenirs en sélection… Quelques heures avant l’entrée en lice des Eléphants dans leur Can face à la Guinée-Bissau, Jean-Jacques Tizié, ancien international ivoirien, s’est confié à Sahutiafrica.
Ce samedi 13 janvier, c’est le grand jour. Au stade Alassane Ouattara d’Abidjan, les Eléphants feront leur entrée à la Can. L’adversaire est modeste, mais la pression est forte. Avec la sélection, il a livré deux phases finales de Can. Et, même, une finale perdue à l’issue de la séance de tirs au but en 2006 face à l’Egypte. Il était de l’aventure inédite du Mondial 2006 lorsque la Côte d’Ivoire le disputait pour la première fois. Jean-Jacques Tizié, ancien portier d’Africa Sport et d’Espérance de Tunis, parle en observateur averti des Eléphants. La bande de Jean-Louis Gasset, sélectionneur de la Côte d’Ivoire, peut-elle jusqu’au bout ? La mission est très difficile, mais l’impossible n’est pas Ivoirien, dit-on. Tizié, lui qui connait mieux l’esprit de l’équipe nationale de la Côte d’Ivoire, y croit. Mais, il faut d’abord bien négocier le match d’ouverture. Entretien.
Sahutiafrica : La Côte d’Ivoire est logée dans le groupe avec la Guinée-Bissau, le Nigeria et la Guinée Equatoriale. Le groupe A est-il à la portée des Elephants ?
Jean-Jacques Tizié : Historiquement, si on prend le parcours de chaque nation, on dira que c’est abordable. Il faut faire très attention parce que n’arrive pas à la Can qui veut. Je pense que des petites nations comme la Guinée-Bissau ou la Guinée-Equatoriale sont vraiment en train de monter en puissance. Face à la Côte d’Ivoire, ça va être un match de défi pour eux. Il faut bien négocier le match d’ouverture. Après, c’est le Nigeria. Puis, la Guinée Equatoriale.
SA : Pour cette Can, le Sénégal, le Maroc et l’Algérie sont avec la Côte d’Ivoire parmi les favoris. Voyez-vous, les Eléphants aller jusqu’au bout ?
JJT : On dit que la Côte d’Ivoire est favorite tout simplement parce qu’elle joue à la maison et compte tenu de son passé glorieux. Personnellement, je pense que la Côte d’Ivoire n’est pas favorite vis-à-vis des résultats du Sénégal, du Maroc, de l’Algérie, de l’Egypte et même du Cameroun ces dernières années. Mais, le peuple ivoirien est très exigeant. Je pense que naturellement, ça va mettre de la pression sur tous ces jeunes. Et, surtout que toutes les grosses nations africaines sont présentes. Ce sera une Can très difficile.
SA : Donc, vous ne voyez pas les Eléphants jusqu’au bout ?
JJT : La Côte d’Ivoire est une équipe de défis. C’est une équipe qui aime jouer les grandes nations et les grands matchs. Vous allez remarquer que la Côte d’Ivoire s’est toujours transcendée lorsqu’elle joue contre une nation de football reconnue. C’est généralement contre les petites nations qu’on pèche beaucoup. Rien que pour ça, je pense que la Côte d’Ivoire peut jouer la finale de cette Can.
SA : Il y a 40 ans, la Côte d’Ivoire organisait la Can sans en être le grand favori, voire parmi les favoris. A l’époque, le président Félix Houphouët-Boigny parlait des Éléphanteaux. Mais, aujourd’hui, la réalité est tout autre. Qu’est-ce que ça fait de jouer une Can à domicile avec le statut de favori ?
JJT : La Côte d’Ivoire a déjà remporté deux Can. La troisième est très proche, voire à portée de mains. La pression est très forte. Il y a la pression de la population et du sport lui-même. Beaucoup de nos joueurs sont forcément à leur première Can. C’est aussi une pression énorme. J’espère que les joueurs vont transformer cette pression pour qu’ils puissent vraiment faire une bonne compétition.
SA : Comment faut-il gérer cette pression ?
JJT : A notre époque, on jouait à l’extérieur. C’était un peu facile pour nous. Cette pression de la population n’était pas très proche. Mais là, ça se joue à la maison. Donc, la pression est deux fois plus forte. Quand c’est comme ça, il faut dire aux jeunes de ne pas se mettre une pression personnelle en plus d’une pression extérieure. Mais, de plutôt prendre leur Can tranquillement et de jouer avec toute la confiance possible.
SA : Depuis quelque temps, Yahia Fofana est titulaire dans les perches de la Côte d’Ivoire. Prend-il déjà ses marques ?
JJT : Depuis qu’il est là, l’équipe prend moins de buts. La défense est beaucoup plus stabilisée. Lors du dernier, on nous a marqués lorsqu’il est sorti. Je pense qu’avec lui, l’équipe gagne. Donc, on pourra dire que c’est beaucoup plus rassurant avec lui.
SA : Qu’est-ce qu’il apporte ?
JJT : Il apporte beaucoup plus de stabilité. Vous remarquez que depuis la Can 2019, Sylvain Gbohou, qui était le titulaire depuis plusieurs années, a été suspendu pour cause de dopage. Cela a mis toute la classe de gardiens de but dans une difficulté. Son remplaçant immédiat, Badra Ali, était beaucoup plus âgé même que Sylvain Gbohou. Avec l’âge et les difficultés en club, Ali n’arrivait plus à suivre le rythme. Il fallait vraiment chercher un jeune. Par la grâce de Dieu, Yahia Fofana est arrivé. Cela a stabilisé tant soit peu la défense.
SA : En 2006, vous avez été dans les perches lors de la finale perdue par la Côte d’Ivoire face à l’Egypte. Quel souvenir gardez-vous de votre parcours en sélection dans une Can ?
JJT : Je garde beaucoup de bons souvenirs de l’année 2006. C’était vraiment une grande année pour la génération dite dorée. On a joué une finale, malheureusement perdue. Ce sont, surtout, de bons souvenirs parce que les gens n’ont presque pas su que j’ai joué toute cette Can sur un pied. Je suis blessé, mais j’ai quand même joué avec ma blessure. Personnellement, je faisais déjà partie de l’ancienne génération, la génération intermédiaire et j’ai fini avec la génération dorée. J’avais un grand rôle de mettre les jeunes, qui arrivaient (Didier Drogba et autres) dans l’esprit de l’équipe nationale de la Côte d’Ivoire. Il fallait les encadrer, leur montrer le chemin. Et, surtout, leur faire comprendre ce qu’était l’équipe nationale de la Côte d’Ivoire. Je pense qu’on a réussi. Bien qu’en 2006, la plupart étaient à leur première Can, on a quand même atteint la finale. Après nous, ça continue jusqu’aujourd’hui.
Entretien réalisé par Trésor Mutombo

