En RDC, l’internet a officiellement détrôné la radio pour devenir le média le plus consommé. C’est ce que révèle la dernière enquête d’audience du cabinet d’études Target SARL, marquant une rupture significative avec les habitudes d’information traditionnelles.
Au cours des dernières années, l’Internet a progressivement érodé la domination des médias classiques. En 2025, il s’impose avec un taux de pénétration de 48%, reléguant la radio, longtemps considérée comme la reine de l’information, à la deuxième place avec 44%. Cette évolution, bien que graduelle, témoigne d’une mutation profonde des usages médiatiques en RDC.
Serge Mumbu, directeur général de Target, souligne la résilience de l’Internet face aux turbulences : «Internet est le seul canal qui a su maintenir une dynamique ascendante malgré les turbulences, notamment celles de 2023.». Le média a gagné 13 points de pénétration en cinq ans, porté par une jeunesse hyperconnectée, une classe moyenne en expansion et une urbanisation croissante. Kinshasa, le Katanga, le Grand Kivu et le Kongo Central se positionnent comme les principaux moteurs de cette révolution numérique.
Le téléphone portable est l’outil clé de cette expansion. L’étude révèle que 97% des internautes congolais se connectent via leur smartphone, qui est devenu le principal point d’accès à l’information. Les usages les plus populaires en ligne sont l’interaction et le lien social, avec la messagerie instantanée (60%) et les réseaux sociaux (59%) en tête de liste.
Dans les régions moins connectées, telles que le Grand Kasaï, le Grand Bandundu et le Grand Équateur, la radio conserve une influence significative, bien que sa part d’audience ait légèrement diminué cette année. La télévision câblée connaît une progression modérée (23%), tandis que la télévision traditionnelle (14%) et la presse écrite (1%) continuent de perdre du terrain.
La presse écrite, autrefois pilier de l’information, est désormais au bord de la disparition. Les projections pour 2028 indiquent que seule la télévision payante semble pouvoir tirer son épingle du jeu, à condition de s’adapter constamment aux nouvelles réalités du marché.
Face à ce paysage médiatique en pleine mutation, Serge Mumbu appelle les professionnels des médias à se réinventer : « Il est temps de produire autrement. Les Congolais réclament des contenus locaux, accessibles, qui parlent leur langage et leur réalité. » Le défi consiste non seulement à informer, mais aussi à s’intégrer dans la vie numérique des citoyens.
L’étude de Target, menée auprès de 2 000 personnes dans les 26 provinces du pays, confirme une tendance de fond : en RDC, le numérique n’est plus une perspective d’avenir, mais une réalité actuelle.
Ephraïm Kafuti

