Comment promouvoir le handipreneuriat agricole durable à Kinshasa pour l’inclusion et l’autonomisation des personnes avec handicap moteur et sensoriel ? Docteur Serge Mbay, coordonnateur de la Coopérative agricole Bilanga ya betu (BYB), appelle à « bâtir sur l’écosystème existant avec les acteurs, qui sont sur le terrain ».
Serge Mbay a défendu, pour décrocher un master en Transformation sociale à l’Université protestante au Congo (UPC), un mémoire sur le thème : « La Coopérative « BILANGA YA BETU » et la promotion du handipreneuriat agricole durable pour l’inclusion et l’autonomisation des personnes vivant avec handicap à Kinshasa post-Covid-19. Essai d’une recherche émancipatoire ». L’idée de cette recherche a jailli à sa rencontre avec feue Révérende professeure Micheline Kamba, Présidente honoraire de l’ONG Iman’Enda et initiatrice du Département de Transformation sociale à l’UPC, décédée en 2020. Depuis, BYB et Iman’Enda ont organisé quelques activités entrepreneuriales en faveur de personnes vivant avec handicap.
BYB, catalyseur ?
Dans son étude qui se veut exploratoire, le chercheur a fait l’autopsie du modèle et de l’écosystème du handipreneuriat agricole à Kinshasa. Le docteur Serge Mbay se convainc que ce travail de terrain balise le chemin pour BYB. « Aujourd’hui, nous savons qu’il existe un modèle de handipreneuriat agricole. Il est informel, fragile, mais porté par des acteurs dynamiques et résilients », affirme-t-il. Pour lui, l’enjeu est de bâtir sur l’existant et avec les acteurs de terrain.

BYB se veut, croit-il, être « un catalyseur du modèle exploré et de l’écosystème du handipreneuriat agricole ». Comment ? « Bilanga ya betu propose un modèle d’accompagnement, modèle de soutien à ses acteurs, à la fois holistique et personnalisé. Il existe plusieurs acteurs dans cet écosystème, mais il faudrait motiver, fédérer et, surtout, créer un dialogue entre ces acteurs, parce qu’ils agissent de manière disparate. Leurs actions ne sont ni concertées, ni coordonnées », fait remarquer M. Mbay, révélant plusieurs défis du handipreneuriat agricole à Kinshasa, où il a, durant une année, mené ses investigations.
«Pas de handipreneuriat sans apport des personnes valides»
Il catégorise ces défis. Pour lui, ils sont d’ordre foncier ou le problème d’accès aux terres. « L’accès aux terres est un véritable casse-tête. Les handipreneurs, comme les agriculteurs valides, font face à l’insécurité et à l’instabilité foncière. Du jour au lendemain, ils peuvent être déguerpis sur un terrain, où ils développent des cultures », dit le docteur Serge Mbay, évoquant aussi les problèmes de financement, de stigmatisation et de mobilité réduite.
Toutefois, il nuance. « Il n’y a pas de handiprenariat agricole sans apport des personnes valides. C’est le résultat d’une collaboration étroite entre personnes en situation de handicap et personnes valides », se convainc le coordonnateur de BYB.
En RDC comme ailleurs, la pandémie de coronavirus avait, de plein fouet, frappé plusieurs secteurs avec des mesures de restrictions qu’elle a entraînées. « Nos entretiens avec les acteurs nous ont démontré comment la pandémie de Covid a été un frein pour eux. La fermeture de frontières entre Kinshasa et Brazzaville suite à la pandémie a pénalisé beaucoup de handipreneurs ou des personnes en situation de handicap. Donc, on sait voir comment beaucoup sont tombés en cessation d’activité durant cette période. D’autres ne se sont pas relevés de cette tempête économique de cette pandémie », glisse le docteur Serge Mbay.
Trésor Mutombo

