Centrafrique : création d’un comité chargé de rédiger un projet de Constitution

Vendredi 26 août, un comité chargé de rédiger un projet de nouvelle Constitution a été créé en Centrafrique. Et l’opposition parle d’une fuite en avant ayant pour objectif le maintien au pouvoir du chef de l’Etat de ce pays en guerre civile depuis neuf ans. 

L’actuelle Constitution interdit au chef de l’Etat de briguer un troisième mandat. Faustin Archange Touadéra, élu en 2016, a été réélu en 2020, au terme d’un scrutin contesté par l’opposition. 

« Il est créé un comité de rédaction du projet de la Constitution de la République centrafricaine, qui sera chargé de remettre au président de la République un projet de Constitution », selon le décret signé par le chef de l’Etat et son Premier ministre Félix Moloua. 

« Le comité de rédaction est composé de 53 membres représentant tous les courants d’opinion, dont des représentants de l’Assemblée nationale, des partis politiques de la majorité et de l’opposition et de la société civile », d’après le décret. 

La nouvelle Constitution pourra être adoptée soit par le Parlement, soit par un référendum. 

Depuis plusieurs mois, les autorités ont organisé des manifestations en faveur d’une modification de la loi fondamentale. 

« De plus en plus de voix s’élèvent pour exiger une modification de la Constitution », avait affirmé le 12 août le président centrafricain. 

« Je vous ai écoutés. Je prends acte de vos sollicitations pressantes qui me sont parvenues de partout réclamant une nouvelle Constitution », avait déclaré M. Touadéra. 

Le 6 août, plus d’un millier de manifestants s’étaient rassemblés à Bangui, la capitale centrafricaine, pour demander la tenue d’un référendum pour modifier la Constitution, adoptée en 2016. 

« C’est une fuite en avant, et l’objectif est de se maintenir au pouvoir », a déclaré à l’AFP Martin Ziguélé, ancien Premier ministre, aujourd’hui député de l’opposition. 

« Le pouvoir veut faire sauter le verrou de la limitation du nombre de mandats à deux, et au moins avoir un troisième mandat du fait d’une nouvelle Constitution qui remet tout à plat », a poursuivi M. Ziguélé, membre du Bloc républicain, une coalition d’une vingtaine de partis d’opposition et de membres de la société civile qui s’opposent à la modification de la Constitution.

M. Ziguélé appelle, avec une vingtaine de partis de l’opposition, à une manifestation ce samedi contre une modification de la Constitution.

Lire aussi :  Centrafrique : le président Touadéra célébré pour ses deux mandats

Tollé 

Le Mouvement Cœurs Unis (MCU) de M. Touadéra avait tenté en mars, lors d’un dialogue républicain excluant la rébellion et boycotté par l’essentiel de l’opposition, d’introduire un amendement faisant sauter le verrou de deux mandats et permettant ainsi au président d’en briguer un troisième en 2025. 

Le MCU y a finalement renoncé face au tollé provoqué dans la société civile et à la réprobation de la communauté internationale.

M. Touadéra avait été réélu fin décembre 2020 avec 53,16% des suffrages à l’issue d’un scrutin controversé, moins d’un électeur sur trois ayant eu la possibilité d’aller voter en raison de l’insécurité dans un pays en proie à une guerre civile meurtrière depuis 2013.

Lire aussi :  Centrafrique : la prison perpétuité requise contre trois membres du groupe armés 3R

Lors du scrutin, des groupes armés qui contrôlaient alors deux tiers du pays avaient lancé une offensive pour le renverser, mais le chef de l’État a appelé Moscou à la rescousse. 

Des centaines de paramilitaires russes ont débarqué en renfort de centaines d’autres déjà présents depuis 2018, et aidé l’armée à repousser les rebelles. 

La Centrafrique est le deuxième pays le moins développé au monde selon l’ONU, théâtre d’une guerre civile très meurtrière dans ses premières années, mais qui a baissé d’intensité depuis 2018. 

Les Casques bleus de l’ONU — 14.000 aujourd’hui chargés en priorité de protéger les civils — sont en Centrafrique depuis avril 2014. Leur déploiement visait à mettre fin à la sanglante guerre civile déclenchée en 2013 après un coup d’Etat contre le président François Bozizé. 

Depuis début 2021, les forces centrafricaines et leurs alliés russes ont refoulé les rebelles d’une grande partie des territoires et villes qu’ils contrôlaient, sans toutefois pouvoir y réinstaller partout et durablement la présence et l’autorité de l’Etat. 

AFP/Sahutiafrica 

Les plus lus

Sénégal : le parlement s’oppose à la dépénalisation de l’homosexualité

Le parlement sénégalais a rejeté la proposition de loi qui demande la criminalisation de l’homosexualité dans le pays. Le bureau de l'Assemblée nationale l'a...

Guerre au Soudan : l’armée reprend le contrôle d’Oum Rawaba

Jeudi 30 janvier, l’armée soudanaise a annoncé avoir repris une ville importante dans l'Etat du Nord-Kordofan aux forces paramilitaires rivales, qui la contrôlaient depuis...

Handipreneuriat agricole en RDC : «BYB n’a pas besoin d’inventer, mais de promouvoir le modèle existant» (Dr...

Comment promouvoir le handipreneuriat agricole durable à Kinshasa pour l’inclusion et l’autonomisation des personnes avec handicap moteur et sensoriel ? Docteur Serge Mbay, coordonnateur...

Est de la RDC : l’UA appelle au retrait de rebelles du M23 à Bukavu

Les combattants du M23 alliés à des troupes rwandaises ont pris le contrôle dimanche de Bukavu, grande ville de l'est de la République démocratique...

Sahel : des ONG livrent la stratégie sécuritaire des autorités

Jeudi 16 juin, un collectif d'ONG sahéliennes et ouest-africaines a livré l'approche essentiellement sécuritaire des autorités maliennes, burkinabé et nigériennes qui met à mal la...

Sur le même thème

Madagascar : les manifestants ne faiblissent pas la pression

Ce mardi 30 septembre, des centaines de protestataires se sont rassemblés à Antananarivo pour réclamer le départ du président Andry Rajoelina, essuyant des tirs...

Burkina Faso : Ibrahim Traoré confirme l’interpellation de six fonctionnaires ivoiriens

Dimanche 28 septembre, le capitaine Ibrahim Traoré, chef de la transition au Burkina Faso, a confirmé l’interpellation de six fonctionnaires ivoiriens pour avoir franchi...

Présidentielle au Cameroun : début de la campagne électorale

Au Cameroun, où le scrutin présidentiel est prévu le 12 octobre, la campagne électorale s’est offerte ce week-end avec les rassemblements politiques des principaux.   Le...

Ouganda : Bobi Wine célèbre la validation de sa candidature à la présidentielle

En Ouganda, l’opposant Bobi Wine a célébré la validation de sa candidature pour la présidentielle de janvier 2026 lors d’une manifestation à Kampala, la...

RDC : «je continue de considérer Vital Kamerhe comme un allié…» (Félix Tshisekedi)

Au lendemain de la démission de Vital Kamerhe à la tête de l’Assemblée nationale, le président Tshisekedi assure qu’il le considère toujours « comme son...