Le Président Honoraire, l’ancien Chef de l’État, le Raïs, l’Homme militaire qui nous a laissé une armée sans ressources après 18 belles années de règne sans partage, alors qu’il était lui-même militaire et surtout Général lorsqu’il a pris le pouvoir vient de violer les bruits.
Il est trop dans les bruits ces derniers temps d’où non seulement il n’est plus seul dans sa tête comme le pays entier d’ailleurs, mais aussi comme il apprend à parler nouvellement il parle beaucoup du coup partout ses idées sont éparpillées. Trop parler ne peut pas vous tuer, mais trop parler vous vide de l’existence. Triste excitation ! Et puis quand on parle de 18 belles années de règne, comprenez que ces années n’étaient belles que pour lui et ses proches, car notre pays, dans sa générosité légendaire, leur a tout donné. Vraiment tout donné. Ils sont tous venus avec presque rien, et aujourd’hui, s’ils occupent des positions partout dans le monde, c’est grâce à l’argent du pays. Notre argent donc.
Ainsi, JKK a enfin brisé le mythe du silence, en démolissant tous les murs de l’université de Kara, dont il avait lui-même posé la première pierre. Ce jour-là, il nous avait dit avec beaucoup de sagesse : « Il faut seulement parler quand les mots sont plus forts que le silence. » Aujourd’hui, il a pris la parole seulement deux fois, et nous regrettons déjà son silence. Qu’il repose en paix, son triste silence.
L’université de Kara ferme enfin ses portes…
JKK, qui en était le tout premier étudiant modèle, puis assistant de renom, ensuite chef de travaux d’une grande capacité, et enfin professeur de tous les cours dans cette belle et unique université, vient de démissionner. Il n’est pas sourd. Il n’est pas muet. Il n’est même pas sourd-muet. Même s’il l’était, le sourd, le muet et le sourd-muet parlent aussi. De toutes les façons, c’est seulement l’argent qui n’aime pas le bruit. L’argent ne fait jamais de bruit.
Alors, quand l’argent que nous prenons dans le silence commence à se faire rare, et que nous n’arrivons plus à approvisionner nos partenaires, ceux-ci sont mécontents, et les affaires, c’est les affaires. Nous n’avons rien dit et ne voulons rien dire, car si nous exprimons ce que tout le monde sait, nous risquons d’être arrêtés pour une peine de mort certaine. Nous qui ne savons que nous faire soigner chez les tradi-praticiens, comment serons-nous évacués pour des soins appropriés à l’étranger comme les autres puissants du pays ? Pardon !
Mais une chose est sûre : Kabila, en effaçant le mythe du silence auquel il nous avait habitués, a détruit notre peur de lui. Notre crainte même. Surtout qu’il déclare maintenant, car nous pouvons le juger sur ses paroles, ce qui était trop rare jadis : « Il est prêt à servir le pays. » Pourquoi ne pas simplement être un Sage président honoraire, en plus sénateur à vie, à qui nous payons beaucoup d’argent pour aller parler à Naanga et ses amis, dont la plupart sont issus du PPRD ?
Servir, c’est déjà leur dire officiellement et ouvertement d’arrêter la guerre et de libérer les zones occupées, car ce sont justement ses anciens collaborateurs, et il a sûrement encore un pouvoir important sur eux. Mais sur Naanga et compagnie : rien. Aucune menace directe. Aucune injonction. Alors, nous voulons seulement comprendre…
L’université de Kara ferme enfin ses portes…
Et pendant ce temps-là, on pille, on vole, on viole, on détruit, on assassine, on maltraite les innocents, alors qu’on serait venu les libérer ? Les libérer de quoi ? De qui ? Les mots plus forts que le silence en ce temps de guerre sont : « Naanga, arrête ce que tu fais immédiatement ».
« J’ai échoué à structurer l’armée. Faisons en sorte que les militaires, policiers, agents de renseignement et enseignants soient les mieux payés du pays, et que nous, serviteurs de la République, ne puissions plus jamais être mieux payés que ces derniers, car ce sont eux qui nous sécurisent et forment notre avenir », « La seule aspiration du peuple congolais, c’est la paix et la justice ; pas une justice qui ne se manifeste que pour punir les kuluna, mais une justice qui n’a peur de personne, ni des anciens présidents, ni des anciens premiers ministres. Personne ne devrait être immunisé contre la justice ».
« Je salue, en tant que Congolais, la diplomatie active de notre président actuel, car le monde entier a aujourd’hui changé de narratif vis-à-vis du Rwanda. Pour le reste, c’est mon frère, et nous allons parler pour trouver une solution définitive aux problèmes de l’Est du pays. Je vais lui faire part de ma petite expérience. »
Voilà, en peu de mots, des mots plus forts que le silence que nous attendions de JKK. Mais comme tout dans la vie, en ce sens, lui aussi nous fait lire la Bible : Jésus revient bientôt !
Christian Gombo, Ecrivain

