Au Nigeria, Muhammad Mubarak Bala, célèbre militant athée, condamné à 24 ans de prison pour blasphème. C’est le verdict rendu par la Haut cour de justice de Kano mardi 5 avril. Cette condamnation provoque l’indignation d’organisations athées à travers le monde.
« Coupable, votre honneur », a déclaré devant la Cour M. Bala, en chemise blanche, à la lecture des 18 chefs d’accusation retenus contre lui par le juge. Son avocat James Ibor s’est opposé à ce qu’il plaide coupable et a demandé au juge s’il pouvait parler à son client, une demande qui a été acceptée.
« Je voulais être sûr qu’il n’était sous aucune influence ou intimidation », a affirmé Me Ibor à l’AFP. Mais lorsque le procès a repris, M. Bala a de nouveau plaidé coupable, implorant toutefois « la miséricorde et la clémence » du tribunal.
Muhammad Mubarak Bala, 37 ans et président de l’Association des humanistes du Nigeria, avait été arrêté en avril 2020 pour avoir écrit des messages sur Facebook critiquant l’islam et son prophète. Le tribunal a estimé que ces messages pouvaient porter atteinte à l’ordre public dans le nord musulman conservateur du Nigeria, où la charia est appliquée parallèlement au droit commun.
Bala a grandi dans une famille musulmane traditionnelle, avec un père polygame et une mère qui a eu neuf enfants. Mais au début de l’âge adulte, il cesse de croire en Dieu et décide de lutter contre les mouvements salafistes extrémistes qui prospèrent dans le nord autant que les églises chrétiennes évangéliques dans le sud.
En 2014, son combat lui vaut d’être interné de force par sa famille dans un hôpital psychiatrique pendant 18 jours. Mais cet épisode ne le décourage pas, et il continue à militer notamment sur les réseaux sociaux où il affirme qu’il n’y a pas de vie après la mort, ou que les politiciens utilisent la religion pour aveugler le peuple.
Au cours de son procès, M Bala a assuré : « Le but de mes publications n’était pas de causer des violences, mais je me suis rendu compte qu’elles pouvaient en provoquer. Je ferai attention à l’avenir ».
La condamnation à 24 ans de prison a provoqué l’indignation des défenseurs de l’athéisme au Nigeria. Ils dénoncent notamment le fait que cette condamnation ait été prononcée par un tribunal de droit commun et non islamique.
« Aujourd’hui est un jour très triste pour l’humanisme, les droits humains et la liberté. Le Nigeria, par cette décision de justice, a décidé de s’identifier à une tyrannie », a déclaré à l’AFP le fondateur de l’Assocation des humanistes du Nigeria, Leo Igwe.
Selon lui, M. Bala a subi « d’intenses pressions pour plaider coupable (…) de la part de membres de sa famille et des autorités islamiques ». Il estime que plaider coupable était « perçu comme le seul moyen pour lui de regagner sa liberté ». Le juge a déclaré que Bala était « libre de croire en son idéologie » mais que cela « ne lui donnait pas le droit d’insulter d’autres croyances religieuses d’une manière susceptible de porter atteinte à la paix publique ».
« Le tribunal espère que cette (décision) aura un effet dissuasif », a déclaré le juge Lawan à l’issue du procès. Selon son avocat, M. Bala pourra seulement faire appel de la durée de prison dont il a écopée et non de sa condamnation. Plusieurs associations athées à travers le monde ont apporté leur soutien à M. Bala.
« Les pensées de tout le mouvement humaniste mondial vont à notre ami Mubarak, sa femme et son bébé », a écrit dans un communiqué Andrew Copson, le président de l’association Humanists International. « C’est un jour de honte pour les autorités nigérianes, qui ont infligé une punition inimaginable à un innocent », a-t-il ajouté.
Le Nigeria, géant de 215 millions d’habitants divisés de manière presque égale entre un Nord majoritairement musulman et un Sud majoritairement chrétien, est l’un des pays les plus religieux au monde, où l’athéisme est très mal vu.
La charia a été instaurée en 2000 dans 12 Etats du Nord nigérian. Ces tribunaux islamiques, qui fonctionnent parallèlement au système judiciaire étatique, ont déjà prononcé des condamnations à mort pour adultère, blasphème ou homosexualité, sans qu’aucune exécution n’ait eu lieu jusqu’à présent
AFP/Sahutiafrica

