Dimanche 22 mai, Joseph Kabila, ancien président congolais et Moïse Katumbi, allié du président Tshisekedi, se sont réconciliés à l’issue d’un forum de réconciliation des ressortissants du Katanga. Comment interpréter cette réconciliation entre deux alliés d’hier devenus ennemis à un an de la présidentielle en RDC ?
L’après-midi du dimanche. Les regards sont tournés à la messe dirigée par Mgr Fulgence Muteba. Plusieurs leaders Katangais sont présents. Joseph Kabila et Moïse Katumbi aussi. Poignée de main. Accolades, sourire et quelques mots. C’est la réconciliation. Pourtant, il y a quelques années les deux hommes se sont accusés « de Juda » ou « traître ». Cette réconciliation peut être interprétée de plusieurs manières, pense le professeur Placide Mabaka Mukwabuhika, analyste politique congolais.
Réconciliation familiale ou politique ?
Il estime tout de même que « ce forum est un danger pour l’esprit d’indivisibilité et d’unité de l’Etat congolais ». Pourtant, plusieurs participants à ce forum disent qu’il ne faudrait pas lui donner un caractère politique.
« Peut-on considérer Moïse Katumbi, qui est membre de l’Union sacrée avec son parti, comme étant devenu opposant à celle-ci ? Sachant que l’ancien président de la République est maintenant dans l’opposition, étant donné que le PPRD initial et le FCC sont dans l’opposition par rapport à l’Union sacrée. Est-ce une réconciliation familiale ou politique ? », s’interroge l’analyste à Sahutiafrica.
Katumbi entretient-il le flou ?
Pour lui, « s’il y a des approches de regroupements politiques en vue des élections de 2023 entre M. Katumbi et Kabila, dans ce cas, il faudrait considérer que Katumbi n’est plus de l’Union sacrée. Et se trouve déjà dans l’opposition. Dans ce cas, cela pose un problème par rapport au président de la République actuellement ». Il affirme que Moïse Katumbi, président d’Ensemble, devra clarifier sa position.
« Au fond, c’est Katumbi, qui serait soit le perdant ou le gagnant d’un côté ou d’un autre. Parce que sa position reste encore floue, si l’on interprète les choses d’un point de vue purement politique. Est-ce que c’est un message politique pour dire que je suis en divorce avec le président Tshisekedi ou pas ? Etant donné si on remonte dans le passé, il s’était opposé à la proposition de loi sur la Congolité, disant que je vais donner ma position. Et qu’il est allé consulter », explique Placide Mabaka.
Retour de Joseph Kabila dans la scène politique ?
« Jusqu’aujourd’hui, on ne connait pas sa position. Les membres de sa formation sont encore au gouvernement et à l’Assemblée nationale comme membres de l’Union sacrée de la nationale. Moïse Katumbi devrait préciser sa position. Et c’est à lui de nous expliquer pour nous donner le sens de cette réconciliation avec l’ancien chef de l’Etat. Est-ce qu’il est avec lui politiquement ou simplement dans le cadre du linge sale qui a été lavé au forum de réconciliation de Katangais », poursuit-il.
Selon l’analyste, l’on peut aussi interpréter cette réconciliation sur l’hypothèse d’un potentiel retour de l’ancien président de la République dans la scène politique.
« Dans ce cas, c’est l’approche politique qui est prise en considération. Un retour, ça peut être politiquement un retour en force de Joseph Kabila. Et, qui aurait pour allier Moïse Katumbi. Dans ce cas, c’est au chef de l’Etat actuel d’en tirer les conséquences parce que la position de M. Katumbi reste floue et a toujours été floue depuis qu’il était parti en consultation il y a deux mois », analyse le professeur Placide Mabaka. Il pense que selon la Constitution, M. Kabila, sénateur à vie, ne pourrait pas candidater lors de la prochaine présidentielle en RDC prévue en 2023.
La réconciliation entre Joseph Kabila et Moïse Katumbi, ennemis d’hier, suscite des réactions dans la classe politique en RDC. Est-ce une projection pour 2023 ?
Trésor Mutombo

