Tchad : «…on doit sortir le Tchad de l’impasse» (Jean-Bernard Padaré)

Au Tchad, le climat politique est crispé. L’opposition et la société civile exigent le départ du Conseil militaire de transition. Ce dernier est dirigé par Mahamat Idriss Déby, fils du défunt président. Jean-Bernard Padaré, secrétaire général adjoint et porte-parole du Mouvement patriotique du salut (MPS), parti d’Idriss Déby, estime que le Tchad n’a pas besoin des violences. Dans une interview exclusive à Sahuti Africa, Jean-Bernard Padaré préconise un dialogue national et inclusif pour la décrispation du climat politique.

Sahuti Africa : L’opposition multiplie des appels des manifestions contre le Conseil militaire de transition. Les dernières manifestations ont fait plusieurs morts. Peut-on craindre une recrudescence des violences au Tchad ?   

Jean-Bernard Padaré : Je pense qu’on n’a pas besoin des violences. En ce moment, on est dans le recueillement. On doit plutôt se rassembler pour sortir le Tchad dans cette impasse. Ce qui nous concerne au MPS, nous appelons à la paix et à l’unité. Nous devons ensemble nous retrouver quel que soit notre divergence ou notre différence pour essayer de trouver ensemble une solution aux difficultés auxquelles nous sommes confrontées. Nous pensons que le Tchad est en deuil. Un deuil de deux semaines a été décrété. Le minimum de décence que les gens peuvent avoir, c’est de respecter ce deuil.

SA : Les grandes figures de l’opposition exigent le départ du Conseil militaire de transition pour une transition dirigée par les civils ?

J-BP : L’opposition est plurielle. Il y a une large majorité de l’opposition qui avait été reçue par le Premier ministre de transition. Ils ont eu à échanger. Cette opposition démocratique s’est prononcée. Elle s’est dit prête à accompagner le Premier ministre dans la transition. C’est vrai qu’il y a deux sons dissonants; il y a des personnes qui estiment qu’ils peuvent gouverner par la rue. Mais nous sommes jusqu’à preuve du contraire un État. J’espère que les institutions de l’État joueront leur rôle. Je pense qu’on n’a pas besoin d’attiser la haine tribale et ethnique dans notre pays en ce moment. On a besoin de nous réunir et de nous unir pour faire en sorte que le Tchad demeure toujours grand.

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SA : Un gouvernement de transition dirigé par Albert Pahimi Padacké sera mis en place. Est-ce que ce gouvernement va-t-il décrisper le climat politique au Tchad ?

J-BP : Nous pensons que c’est l’unique voie parce que ce gouvernement aura comme feuillet de route : organiser un dialogue national et inclusif ainsi que des élections transparentes qui seront acceptées par tous. C’est la mission première de ce gouvernement. Le président du Conseil militaire de transition a tracé le timing dans son adresse à la nation. Nous attendons que ce gouvernement soit mis en place le rapidement possible. Mais aussi le Conseil national de transition de façon à ce que des textes soient votés pour organiser dans le délai requis l’élection présidentielle.

SA : Le Conseil militaire de transition exclut toute négociation avec les rebelles du FACT. Est-ce qu’on peut craindre un conflit armé ?    

J-BP : Je pense qu’il faut s’en tenir à la déclaration du président de Conseil militaire de transition. Il a dit qu’il y aura un dialogue national et inclusif. Il n’y aura pas une négociation en tête-à-tête avec une fraction. Si les gens qui ont pris des armes s’estiment véritablement Tchadiens, ils doivent venir participer au dialogue national et inclusif qui sera organisé par le Premier ministre de transition. Il n’y a pas à dire qu’il y aura une négociation entre le Conseil militaire de transition avec une fraction de rébellion. Non, ça n’existera pas ! C’est ce qu’ils ont voulu dire. Maintenant, si ces rebelles ou terroristes, parce que c’est vocable qu’on nous a appris, s’ils s’estiment Tchadiens, et qu’ils n’ont pas d’autres ambitions à dessein, que de faire grandir le Tchad, ils viendront exprimer leurs désidératas à l’occasion de ce dialogue national inclusif.

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SA : Après 30 ans du régime du président Idriss Déby décédé suite aux blessures reçues au front. Quels sont les enjeux politiques ?

J-BP : Le président Idriss Déby a posé les jalons d’une société véritablement démocratique. Depuis l’indépendance du Tchad, c’est le premier à accepter l’exercice du multipartisme. Ce multipartisme nous a permis d’avoir une presse assez indépendante, les partis politiques qui ont foisonné. Et qui sont à 200 ou 250 dans le paysage politique actuel. Les enjeux, c’est le développement. Il a posé aussi les jalons économiques et sociaux de notre pays. Il a fait ce qu’il pouvait. Il a véritablement rendu au Tchad sa fierté. Depuis qu’il est arrivée au pouvoir en 1990, il s’est assigné comme mission que les Tchadiens doivent vivre dans les 1.284 million km² qui constitue la superficie de notre pays. C’est quelque chose d’essentielle. Le développement économique avec la manne pétrolière sur fond propre parce que les institutions de Bretton Woods lui avaient imposées des conditionnalités. Il avait rompu avec ces institutions. Sur fond propre, on a pu à développer notre pays.

Propos recueillis par Trésor Mutombo

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