Cyril Ramaphosa, président sud-africain, qui jouit du soutien officiel du parti au pouvoir malgré un scandale, s’est montré résolu à rester en place lors du congrès décisif de l’ANC qui doit choisir au cours du week-end son prochain dirigeant et probable futur chef d’Etat.
Cyril Ramaphosa, 70 ans, a de bonnes chances de décrocher un second mandat: il est placé favori pour rester à la tête du Congrès national africain (ANC) qui désigne les présidents sud-africains depuis son arrivée au pouvoir il y a 28 ans.
« Le peuple d’Afrique du Sud attend de nous que nous ayons le courage et l’honnêteté de reconnaître nos insuffisances et sommes résolus à les corriger », a-t-il déclaré vendredi dans un discours de trois heures à l’ouverture du congrès.
Près de trente ans après l’avènement de la démocratie, le pays est en proie à des taux très élevés de chômage et de criminalité, la pauvreté et les inégalités restent profondes et les coupures de courant battent les records avec l’aggravation de la crise énergétique.
Quelque 4.500 représentants de l’ANC venus des neuf provinces d’Afrique du Sud, réunis dans un centre de conférence de la banlieue de Johannesburg, doivent procéder au vote déterminant en vue du scrutin de 2024.
La conférence qui doit durer cinq jours a démarré vendredi en retard. « Le vote aura lieu aujourd’hui (samedi), sauf contretemps », a déclaré en matinée à l’AFP un porte-parole du parti, Amos Phago.
Des dizaines de délégués, principalement des partisans de l’ex-président Jacob Zuma (2009-2018), ont scandé pendant son discours des slogans réclamant le changement, en tapant sur leurs tables. « Faisons preuve de discipline, de conscience politique », leur a enjoint M. Ramaphosa.
Vendredi, des caméras ont saisi M. Ramaphosa riant et échangeant des poignées de mains avec M. Zuma.
Le seul rival de M. Ramaphosa pour l’instant est son ancien ministre de la Santé, Zweli Mkhize, 66 ans, placé loin derrière.
Il va gagner
M. Ramaphosa attaque cette échéance, cruciale pour son avenir politique, tout juste après avoir échappé à une procédure de destitution.
Le chef d’Etat, également richissime homme d’affaires, est accusé d’avoir tenté de dissimuler le vol en 2020 de liasses de dollars, cachées sous les coussins d’un canapé, dans son luxueux domaine de Phala Phala (Nord-Est). Une enquête est en cours, le président n’est pas inculpé à ce stade.
La menace d’un départ forcé a été déjouée par l’ANC majoritaire au Parlement, qui a appelé ses députés à suivre la ligne et rejeter la procédure. En perte de terrain dans les urnes depuis dix ans et sans alternative crédible, le parti a renforcé les chances de Cyril Ramaphosa de conserver le pouvoir.
En dépit du scandale, d’un climat social et économique morose, ce dernier reste populaire. Et pour le parti passé pour la première fois sous les 50% lors d’élections locales l’an dernier, il représente le meilleur atout en vue des élections générales de 2024.
Même les plus furieux détracteurs de M. Ramaphosa, debout sur les tables du centre de conférence pour le huer, le reconnaissent : « il va gagner, nous le savons », dit Thami Chamane, 30 ans, délégué de la province du KwaZulu-Natal.
« Mais à cause du scandale de Phala Phala, il doit se retirer de lui-même », estime-t-il, ajoutant qu’il donnera, même seulement symboliquement, sa voix au concurrent du président.
L’ANC a perdu du terrain dans les urnes depuis l’ère Zuma et est passé l’an dernier pour la première fois sous la barre des 50% lors d’élections locales. Il reste néanmoins la principale formation politique en Afrique du Sud.
AFP/Sahutiafrica

