A Kinshasa, capitale congolaise, trouver un logement à votre convenance, dont le prix du loyer convient au budget du demandeur devient de plus en plus rare. Et que dire quand le critère tribal s’y mêle.
Bravant parfois les intempéries, ou même sous un soleil accablant, rien n’arrête quiconque à la recherche d’une maison à louer. Les uns, déterminés, bouteille d’eau en main, poursuivent leur ronde en quête d’une maison de location, alors que les autres assis, désespérés, ne savent plus à quel saint se vouer.
Très souvent, les conditions exigées ne font pas l’unanimité entre les locataires et les bailleurs à Kinshasa. « Ahhh, papa laisse tomber. On souffre surtout nous, commissionnaires. Il y a des maisons où les bailleurs vous exigent des conditions très difficiles. Ils vous imposent parfois leur préférence tribale pour le choix du futur locataire et marginalisent les autres tribus, cela nous bloque aussi », se plaint Charly, commissaire basé à Lemba, un des communes de la capitale congolaise.
Difficile de trouver une maison
La vingtaine révolue, Benandre cherche une maison à louer dans cette commune. Depuis, il peine à trouver une maison à son goût, mais aussi fait face à des difficultés.
« La mentalité de l’homme congolais est un frein pour lui-même. Imaginez-vous que le commissionnaire m’a montré la maison, je l’ai apprécié. J’ai vu que toutes les conditions sont satisfaisantes. Mais, au moment de remettre la garantie pour qu’on signe le contrat de bail, la bailleuresse appelle le commissionnaire en aparté. Après leur conversation, le commissionnaire me pose la question si j’ai une copine et si j’étais de quelle tribu », raconte Benandre.
«Je n’ai jamais vécu cela»
Il s’est vu refuser l’accès à cette maison. D’après lui, « la bailleuresse n’autorise pas des jeunes filles dans sa parcelle et a exprimé une méfiance tribale à son endroit ».
Pourtant, Roland, motard à la trentaine, affirme n’avoir rencontré ce problème. « Je suis de l’ex-grand Equateur. Ma bailleuresse est du Kasaï-central, mais on vit très bien avec elle. D’ailleurs, l’argent de loyer, électricité ou encore la paie de la facture d’eau, elle me les demande au téléphone. Elle me respecte énormément, et il faut dire que je n’ai jamais vécu cela. Je totalise bientôt une année et demi dans sa parcelle », dit ce motocycliste.
Problème de tribal
En revanche, Armel, 29 ans et professeur d’anglais à Lemba Rhigini, estime que le problème ne se trouve seulement pas chez les bailleurs. Il évoque aussi les caprices et les exigences des éventuels locataires.
« Mon père a été contacté par un commissionnaire pour une maison à louer, tout était dans le bon. Le couple qui avait besoin de la maison est venu visiter. Ils ont apprécié. Au moment de remettre l’argent, la femme hésite. Elle appelle son mari et le commissionnaire en dehors de la parcelle, ils ont discuté pendant un moment et à la fin, ils ont promis à papa de revenir demain. Sans avancer une raison. Depuis, ils ne sont plus revenus, mais j’avais essayé de parler avec le commissionnaire pour savoir si qu’est-ce qui n’avait pas marché, il me répond, c’est lorsqu’il a parlé de notre tribu que tout a éclaté. La femme n’était pas d’accord », relate Armel.
Pour Henock Sikisi, avocat, les bailleurs ont la latitude de gérer comme bon leur semblent leur propriété une fois qu’ils sont légalement propriétaires, car, dit-il, le droit de propriété est un droit protégé par les lois de la République. Mais, il nuance.
« Par conséquent, il n’appartient pas à l’Etat de forcer les bailleurs d’accepter des locataires dans leur domicile, sauf si l’on change notre modèle de société, en abolissant la propriété privée », précise Me Sikisi.
Béni Bavila

