Est de la RDC : interrogations sur le sort du M23 après l’accord de paix Kinshasa-Kigali

Après la signature de l’accord de paix entre Kinshasa et Kigali sous l’égide de Washington, des interrogations fusent sur le sort du M23, soutenu par le Rwanda.

 

L’Est congolais, riche en minerais, est en proie aux conflits depuis plus de 30 ans et de précédents accords de paix et cessez-le-feu ont été conclus puis violés ces dernières années. Le texte a été formellement signé vendredi sous les auspices des Etats-Unis lors d’une cérémonie à Washington, en présence du secrétaire d’Etat américain Marco Rubio et de ses homologues de la RDC et du Rwanda, Thérèse Kayikwamba Wagner et Olivier Nduhungirehe.

 

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a rapidement évoqué une « étape importante vers la désescalade, la paix et la stabilité ». Le président de la Commission de l’UA, Mahamoud Ali Youssouf, s’est à son tour félicité samedi « de cette étape importante », soulignant « le rôle constructif » des Etats-Unis.

 

De son côté, le président américain Donald Trump a salué « un nouveau chapitre d’espoir ». « C’est un jour merveilleux », a-t-il ajouté après la signature de ce texte qui doit également déboucher, selon lui, sur l’obtention par les Etats-Unis de droits miniers en RDC.

 

Premier producteur mondial de cobalt, ce gigantesque pays des Grands Lacs détient aussi, dans les sous-sols de sa partie orientale, d’importantes réserves de coltan, minerai stratégique pour l’industrie électronique.

 

«Nous avons vraiment souffert»

 

Le groupe armé M23, soutenu militairement par le Rwanda selon l’ONU et les Etats-Unis, s’est emparé en début d’année de pans entiers de l’Est congolais, notamment des grandes villes de Goma et Bukavu, proches des frontières rwandaises. Les affrontements ont fait des milliers de morts, déplacé des centaines de milliers de personnes et provoqué une vaste crise humanitaire.

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Le front est stabilisé depuis février, mais les combats se poursuivent entre le M23 et une myriade de milices locales plus ou moins autonomes, qui mènent des actions de guérilla. Human Rights Watch a accusé juin le M23 d’exécutions sommaires de civils dans les zones occupées, notamment à Goma.

Dans ce poumon économique régional, qui borde la frontière rwandaise, Adeline Furaha, une habitante, voit dans l’accord une « lueur d’espoir ».

 

« J’espère que mes frères et sœurs qui ont fui Goma pourront rentrer maintenant. Les deux pays qui s’accusent mutuellement dans cette guerre comprennent que nous avons vraiment souffert », ajoute cette entrepreneure.

 

Lionel Mapendo assure lui que les populations des « zones occupées » par le M23 ressentent « une frustration mélangée à une déception ». « On croyait voir les troupes du M23 libérer les zones occupées juste au lendemain de ces signatures, mais hélas, on dirait que ce sont juste des accords commerciaux pour les minerais », ajoute-t-il.

 

Le prix Nobel de la Paix et candidat à la présidentielle congolaise de 2024 Denis Mukwege a dénoncé un accord qui selon lui « légitimise le pillage des ressources naturelles congolaises » et « récompense l’agression ».

 

«Absence remarquable» du M23

 

L’accord de paix prévoit des dispositions sur « le respect de l’intégrité territoriale et l’arrêt des hostilités » dans l’est de la RDC. « Tout cela, sur le papier, c’est clair. Mais pour la mise en œuvre, ce sera très ardu », estime Onesphore Sematumba, analyste à International Crisis Group, insistant notamment sur « l’absence remarquable » du M23 dans les négociations et dans les dispositions de l’accord. « Le M23 n’aurait pas dû être traité à part alors qu’il est au centre du conflit entre Kigali et Kinshasa ».

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Le texte, publié par le Département d’Etat, ne mentionne explicitement le M23 que dans le cadre d’un autre processus de négociations avec la seule RDC, sous l’égide de Doha. Ses gains territoriaux ne sont pas abordés.

 

Le groupe armé, comme les milices locales qu’il combat, n’a jamais officiellement reconnu les précédents cessez-le-feu. Kigali nie soutenir militairement le M23 mais affirme que sa sécurité est depuis longtemps menacée par des groupes armés, notamment les FDLR, créées par d’anciens dirigeants hutus liés au génocide rwandais de 1994 et installés depuis en RDC.

 

Le chef de la diplomatie rwandaise, Olivier Nduhungirehe, a déclaré que « la première chose à faire est de commencer à mettre en œuvre le concept d’opérations pour la neutralisation des FDLR, qui s’accompagnera d’une levée des mesures défensives du Rwanda ».

 

Mais, comme le souligne Trésor Kibangula, analyste politique à l’institut de recherche congolais Ebuteli, l’accord charge la RDC de neutraliser les FDLR alors même que ces derniers se trouvent dans des zones qui ne sont aujourd’hui plus sous le contrôle de Kinshasa.

 

« La signature de l’accord à Washington marque une avancée diplomatique visible, mais le plus dur commence maintenant », dit-il, craignant que le texte n’en reste au stade de « geste symbolique ».

 

A Goma, la question de la mise en application inquiète également Roland Mumbere. « On devra encore attendre longtemps pour voir cette crise prendre réellement fin », déclare à l’AFP cet habitant et militant de la société civile.

 

AFP/Sahutiafrica

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