Après le Cameroun, Emmanuel Macron, président français, séjourne au Bénin où il a échangé avec Patrice Talon, président béninois. La Guinée-Bissau est la dernière étape de cette première tournée du président français en Afrique depuis sa réélection. L’Elysée assure vouloir garder le fil du renouvellement de sa relation avec ses partenaires africains. Quels sont les enjeux de cette tournée ?
A Yaoundé comme à Cotonou, les questions sécuritaires, culturelles et de coopération bilatérale sont sur la table. Le Cameroun fait face, depuis quelques années, à l’instabilité suite aux attaques de groupes séparatistes dans l’extrême nord de la zone anglophone. Le Bénin, quant à lui, est sous menace des attaques djihadistes.
Pour les analystes, la France tente de redorer son blason. Sur le continent africain, la France est en train de perdre du terrain face aux puissances comme la Chine et la Russie, pensent-ils.
«Sans l’Afrique, la France n’est absolument rien»
« La visite de Macron au Cameroun est tout un symbole. Pendant très longtemps, le président français n’avait pas de bonnes relations le président Paul Biya. Il l’a même critiqué. Le fait de rencontrer ce même Biya au Cameroun, c’est comme, qui dirait la France ne peut plus changer ses relations avec l’Afrique », explique Ibrahima Kane, analyste sénégalais et spécialiste des questions africaines, à Sahutiafrica.
Il affirme que la France est obligée de revoir ses liens avec ses anciennes colonies. Pour lui, les choses ont changé et les relations internationales ne sont plus les mêmes. « Sans l’Afrique, la France n’est absolument rien. Tout ce que les Français sont en train de faire, en Afrique, c’est pouvoir signifier quelque chose dans le reste du monde. Voilà l’enjeu de taille », dit l’analyste.
Spécialiste de l’Afrique, le professeur Koffi Kouakou parle de deux enjeux : géopolitique et géoéconomique. D’après lui, la France a laissé un espace géopolitique. « Il y a beaucoup de grandes puissances, qui viennent en Afrique. Elles s’installent et occupent de places qu’occupait la France à l’époque », analyse le professeur Koffi. Il indique que « le rôle de la France au Conseil de sécurité des Nations unies est de plus en plus challengé ».
« La Chine et la Russie continuent de lui donner des oppositions très sérieuses surtout en Afrique. On l’a vu au Mali et en Centrafrique. Petit à petit, cet espace géopolitique se réduit pour la France. Le deuxième espace, c’est l’enjeu géoéconomique. L’économie est devenue un élément stratégique qui fait partie de la force des nations. La France n’a pas vraiment réussi à se positionner dans l’aspect géoéconomique », fait remarque M. Kouakou.
La tournée d’Emmanuel Macron intervient, alors que Sergeï Lavrov, chef de la diplomatie russe, qui séjourne en Afrique, tente de rassurer des Etats africains lourdement dépendants des céréales ukrainiennes. Le chef de la diplomatie russe a été reçu en Egypte, au Congo, en Ouganda et en Ethiopie. Moscou nie être responsable de la crise alimentaire mondiale.
«La Russie s’implante en Afrique»
Pour le professeur Koffi Kouakou, c’est une coïncidence très intéressante parce que les Russes commencent progressivement à s’implanter en Afrique. Ils ont même installé leur chaîne RT en Afrique du Sud.
« L’arrivée de Lavrov, ici en Afrique, conditionne la position augmentée de la Russie vis-à-vis de l’Afrique. Cette visite du chef de la diplomatie porte à croire que les Russes commencent de plus en plus pas seulement s’implanter en Afrique, mais de faire de l’Afrique un partenaire de grande qualité. Un partenaire à la foi géopolitique et géoéconomique », croit-il.
Si la France tente de redorer ses blasons, la Russie gagne du terrain, commente l’analyste Ibrahima Kane. « Il ne s’agit pas pour les Africains de quitter la main d’une ancienne puissance coloniale pour aller vers une autre. Ce que les Etats africains ont fait en allant à Sotchi et en discutant avec la Russie, c’était aussi de profiter de la crise mondiale qui existe pour qu’on transforme le monde bipolaire qui existe en un monde multipolaire dans lequel l’Afrique retrouvera sa place », prévient-il.
Trésor Mutombo

