Dans la diaspora malienne d’Abidjan, campagne pour le «oui» à une nouvelle Constitution

« Oui, oui et oui » au référendum sur une nouvelle Constitution au Mali, répète Ousmane Touré, un membre du Conseil supérieur de la diaspora malienne (CSDM) en Côte d’Ivoire, favorable à cette première étape engagée par les militaires au pouvoir vers des élections en février 2024.

Dans une salle municipale de Port-Bouët, commune du sud d’Abidjan, des représentants de la diaspora malienne, très nombreuse en Côte d’Ivoire, se succèdent devant une soixantaine de personnes, qui acquiescent et applaudissent chaque intervention.

Le CSDM, qui a organisé l’événement dimanche, veut convaincre hommes en boubou et chéchia et femmes en bazin coloré de voter « oui » le 18 juin.

« Je vote pour le oui », affirme à l’AFP Iliassou Mohamed Touré, 65 ans, Malien résident en Côte d’Ivoire. « Les anciens dirigeants ont gâté (détérioré) le Mali », estime-t-il, donc si les militaires « viennent mettre de l’ordre, moi je suis d’accord avec eux ».

Sa vie a été bouleversée par les attaques des groupes armés affiliés à Al-Qaïda et à l’organisation Etat islamique, qui ensanglantent depuis 2012 le nord du Mali, dont il est originaire.

« Tous mes parents qui sont là-bas », à 25 km de Gao, « sont morts », dit-il, révolté. « On leur a volé leur bétail, on les tue. La junte au pouvoir, c’est elle qui est venue me sauver », affirme M. Touré, aujourd’hui marié à une Ivoirienne dans son « deuxième pays », même s’il n’en a pas la nationalité.

Entre 200.000 et 300.000 Maliens de la diaspora sont inscrits sur la liste électorale, et pourront exprimer leur voix dans plus de 500 bureaux de vote à Abidjan et à Bouaké (centre).

« Ce projet de Constitution constitue une innovation », se réjouit le chargé d’affaires de l’Ambassade du Mali, Nouhoum Mahamane Haïdara, notamment parce qu’il « consacre toutes les langues » locales et les « légitimités traditionnelles », et relègue le français au rang de « langue de travail ».

Le projet de Constitution prévoit également que les Maliens de l’étranger puissent participer aux élections législatives: une nouveauté soulignée dimanche au sein de la diaspora d’Abidjan.

Si le « oui » l’emporte lors du référendum initialement prévu le 19 mars, la loi fondamentale proposée devrait surtout renforcer notablement le pouvoir du président. Selon elle, c’est le président qui « détermine la politique de la Nation », et non plus le gouvernement. Il peut aussi dissoudre l’Assemblée nationale.

Légitimité

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Et pour le vice-président du CSDM, Aboubacrim Traoré, la légitimité du colonel Assimi Goïta, actuel président malien de la transition arrivé au pouvoir en août 2020 par un putsch, ne se discute pas.

« En dehors de la première Constitution de l’indépendance, toutes les autres sont issues de ceux qui sont passés par des coups d’Etat pour arriver au pouvoir », assure-t-il d’un ton sévère.

Lors des mandats des présidents putschistes Moussa Traoré (1968-1991) et Amadou Toumani Touré (1991-1992), deux constitutions ont ainsi été adoptées. Goïta « a fait cet acte (un coup d’Etat) pour stabiliser le pays », exprime en souriant Bénédicte Bob, Ivoirienne mariée à un Malien de la diaspora depuis 21 ans, devant des enceintes qui crachent de la musique malienne en continu.

Mais elle connaît des Maliens plus sceptiques qu’elle. Les opposants à cette nouvelle Constitution n’étaient pas présents à l’événement, ou se sont fait discrets.

Pourtant, lorsque Mohamed Haïdara, 26 ans, a fait du porte-à-porte pour convaincre ses compatriotes de voter, certains ont exprimé avec véhémence qu’ils ne souhaitaient « même pas entendre parler de ça », fermant la porte au nez de leur interlocuteur.

Au Mali, plusieurs partis politiques et organisations religieuses ont exprimé leur opposition à la réforme. Un mouvement de la société civile, « l’Appel du 20 février », a également affirmé début mai son intention de s’opposer à la tenue du référendum, estimant que les militaires n’ont reçu aucun mandat pour « nous soumettre aux règles de l’Etat de non-droit ».

Le vote se tiendra après de fortes tensions diplomatiques entre la Côte d’Ivoire et le Mali. L’an dernier, 49 soldats ivoiriens avaient été arrêtés à Bamako accusés d’être des mercenaires. Ils avaient écopé de 20 ans de prison avant d’être graciés et libérés en janvier.

Le président ivoirien Alassane Ouattara avait déclaré le jour de leur retour vouloir « reprendre des relations normales » avec Bamako.

AFP/Sahutiafrica 

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