Au lendemain de l’assassinat de Chérubin Okende, ancien ministre congolais des Transports et proche de Moïse Katumbi, l’affaire fait grand bruit à Kinshasa.
Avenue Poids-Lourd à Kinshasa. Il est 7 heures. La nouvelle tombe. Chérubin Okende, porte-voix d’Ensemble pour la République, est mort. Son corps, criblé de balles, a été retrouvé dans sa jeep teintée. Des images sur la toile montrent sa jeep déroutée, une roue sur la bordure, devant le portail d’une carrière de grès. Sous des regards de passants, alors que d’autres personnes ne retiennent pas leur larme.
Jusque-là, les circonstances de son assassinat restent floues. Des sources rapportent que son garde du corps est auditionné à l’auditorat militaire. Cette annonce a l’effet d’une bombe et agite la classe politique congolaise à cinq mois de la présidentielle en RDC.
Pour Moïse Katumbi, il s’agit d’un assassinat politique. « Quand on ne contrôle plus rien dans le pays, on arrête mes conseillers, mes partenaires. On tue et l’on veut nous réduire en silence. Nous n’allons jamais accepter », a réagi M. Katumbi, candidat déclaré à la présidentielle prévue en décembre, à RFI. Il affirme avoir interrompu son séjour à Abidjan, où il devrait participer à la 45e assemblée ordinaire de la Confédération africaine de football (CAF).
Martin Fayulu, farouche opposant au président Tshisekedi, dénonce « un crime odieux qui s’apparente à un assassinat politique ». A Sahutiafrica, Bienvenue Matumo, militant de la Lucha, affirme que « c’est le signe de l’autoritarisme qui s’installe ».
Delly Sesanga, candidat déclaré à la présidentielle, condamne l’assassinat de l’ancien ministre congolais des Transports. « C’est un acte odieux et inacceptable dans un Etat dit de droit. Il s’ajoute à la liste déjà longue des martyrs et victimes de l’incapacité du régime à assurer notre sécurité, dans une volonté claire d’insuffler la terreur dans le pays », a réagi Delly Sesanga.
En fait, l’ancien ministre des Transports avait été invité pour une séance de travail à la Cour constitutionnelle. Cette institution l’avait invité à déclarer par écrit son patrimoine après son départ du gouvernement. M. Okende avait répondu, en demandant que cette séance soit organisée le vendredi 14 juillet. Depuis, ce proche de Moïse Katumbi était introuvable avant d’être retrouvé mort.
Selon un haut responsable de la Cour constitutionnelle à Jeune Afrique, Chérubin Okende n’est pas arrivé à la Cour. Il indique que l’ancien ministre a été contacté, en début de semaine, par cette juridiction pour obtenir des compléments, concernant sa déclaration de patrimoine. Mais, il assure que le 12 juillet, c’est un de ses collaborateurs qui s’est rendu à la Cour pour déposer sa demande de report de la rencontre au 14 juillet.
« Le juge de la cour constitutionnelle avait écrit à tous les trois ministres Ensemble pour la République (Christian Mwando, Chérubin Okende et Véronique Kilumba) après leur diffusion du gouvernement pour qu’ils complètent certains éléments de leurs déclarations écrites de patrimoine », a déclaré un responsable à la Cour constitutionnelle.
Le président Tshisekedi, qui a présenté ses condoléances à la famille de son ancien collaborateur, appelle la justice à « faire toute la lumière sur ce dossier afin de sanctionner les coupables de cet acte ignoble ». Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement, assure que « les services de sécurité ont été instruits d’ouvrir une enquête minutieuse pour faire la lumière sur cet acte irrecevable ».
En RDC, cette affaire agite la classe politique, fait réagir et suscite la polémique. Dans la société civile, elle est perçue comme celle de Floribert Chebeya, activiste des droits humains et coordonnateur de la Voix de sans voix (VSV), tué avec son Fidèle Bazana, son chauffeur, il y a 13 ans.
Trésor Mutombo

