En RDC, un projet pour protéger les mineurs artisanaux des escrocs

Des dépôts délabrés encombrés de sacs de minerai bordent la route menant à Kolwezi, capitale minière de la République démocratique du Congo, dans le sud-est du vaste pays d’Afrique centrale.

Derrière les murs portant l’inscription « CoCu » (pour « Cobalt et Cuivre »), des négociants évaluent la pureté du minerai extrait par des mineurs informels, appelés « creuseurs », et fixent un prix. Mais les mineurs, qui pour la plupart travaillent dans des conditions désastreuses, se plaignent, affirmant que les négociants trichent sur la teneur du minerai pour les escroquer.

« Partout, il y a de la tricherie », déclare Paul Bande, 45 ans, creuseur à la mine artisanale de Kamilombe, près de Kolwezi. Non seulement les négociants trichent sur la teneur, dit-il, mais en plus ils ne paient que pour le cuivre ou le cobalt, alors que le minerai contient souvent les deux.

Un projet ambitieux est en train de prendre forme dans la province de Lualaba, dont Kolwezi est le chef-lieu, pour tenter de régler ce problème en créant un centre de négoce soutenu par le gouvernement.

Ce « Centre de négoce de Musompo » est censé éliminer les intermédiaires malhonnêtes en entreposant et testant le minerai pour le compte des creuseurs.

Selon Willy Yav, directeur de la société SudSouth, chargée par le gouvernement provincial de gérer le centre, celui-ci apporterait plus de revenus aux mineurs et contribuerait à redorer l’image du cobalt artisanal congolais.

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Un système de traçabilité et de certification, par exemple, garantirait que le minerai ne provient que de mines artisanales respectant certains droits et règles de sécurité. Le Congo produit plus de 70% du cobalt mondial, un métal essentiel pour les batteries utilisées dans l’électronique et les voitures électriques.

La majeure partie du cobalt congolais est extraite de mines industrielles géantes, mais on estime que plus de 200.000 personnes travaillent comme creuseurs dans des sites illégaux. Les accusations de travail des enfants, de conditions de travail dangereuses et de corruption dans le secteur artisanal pèsent sur l’ensemble de l’industrie du cobalt en RDC.

Problèmes juridiques

Le pays dépend fortement de l’industrie minière : le secteur représentait 95 % de ses recettes d’exportation et environ un quart de son PIB entre 2016 et 2021, selon le Fonds monétaire international.

Willy Yav admet toutefois que des problèmes juridiques entravent le fonctionnement du centre de négoce de Musompo, qui n’est pas encore opérationnel.

Selon la loi congolaise, les mineurs artisanaux ne sont autorisés à travailler que dans des zones désignées par le gouvernement et doivent être membres de coopératives agréées. Mais la loi n’est pas appliquée. Les plupart des creuseurs travaillent en dehors des zones désignées, dans des puits et des tunnels creusés sur des concessions détenues par des multinationales.

Si les problèmes juridiques ne sont pas réglés, les acheteurs respectueux de la loi auront du mal à acheter du minerai à Musompo. Il y a d’autres complications. Par exemple, le rôle de l’Entreprise générale du cobalt (EGC) du Congo, société d’Etat ayant le monopole de l’achat et de la commercialisation du cobalt artisanal, n’est pas clair.

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La RDC a lancé l’EGC en 2021 dans l’espoir de développer le secteur artisanal et d’influencer les prix mondiaux du cobalt. Mais l’entreprise n’a pas encore acheté de cobalt. Willy Yav espère que le centre de négoce pourra travailler avec la mine de Kamilombe, comme site pilote, ce qui pourrait alors servir de modèle pour réformer l’ensemble du secteur informel du cobalt.

« C’est très important de régler ce problème », dit-il, notant que les creuseurs continueront d’envahir les concessions des entreprises parce qu’ils ont des familles à nourrir. « Le gouvernement provincial s’intéresse beaucoup à l’assainissement de cette chaîne d’approvisionnement et à la génération de recettes fiscales équitables », estime, sous couvert d’anonymat, un spécialiste des métaux critiques, qui constate lui aussi que les questions juridiques compliquent les choses.

Le projet suscite l’enthousiasme à Kamilombe, un site artisanal tentaculaire comptant environ 1.000 tunnels, sur une concession appartenant à l’Etat. Paul Bande dit attendre avec « impatience » l’ouverture du centre. L’AFP a visité le centre de Musompo et la mine artisanale de Kamilombe dans le cadre d’un voyage organisé par le Cobalt Institute, un groupe de pression.

AFP/Sahutiafrica

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