Procès Thomas Sankara : «…35 ans après, c’était important de clarifier ce dossier» (Smockey)

Maintenant, les faits sont clairs sur les circonstances de l’assassinat de Thomas Sankara, père de la révolution burkinabè, confie Serge Bambara, artiste musicien et militant politique burkinabé connu sous le nom de Smokey, dans une interview exclusive à Sahutiafrica. Il dit avoir gardé de Thomas Sankara la capacité d’incarner ses idées révolutionnaires. Il n’était pas un chef, mais un leader, souffle l’artiste Smockey.

Mercredi 6 avril, Blaise Compaoré, ex-président burkinabè, Hyacinthe Kafando, ancien commandant de la garde de Blaise Compaoré et le général Gilbert Diendéré, un des chefs de l’armée lors du putsch de 1987, ont été condamnés à la prison à perpétuité pour avoir participé à l’assassinat de Thomas Sankara et douze de ses compagnons le 15 octobre 1987. Le verdict est tombé après six mois d’audiences. Mais l’ancien président et Hyacinthe Kafando, principaux accusés, ont été jugés par contumace. Déjà condamné à 20 ans de prison pour tentative de putsch en 2015, le général Gilbert Diendéré a pris part à ce procès qui a débuté le 11 octobre dernier.

Sahutiafrica : Le président Blaise Compaoré, Hyacinthe Kafando et le général Gilbert Diéndéré ont été condamnés à la prison à perpétuité dans le procès de l’assassinat de Thomas Sankara. Comment réagissez-vous après ce verdict ?

SY : C’est une grande nouvelle qu’on attendait avec beaucoup d’impatiences. Ça fait quand même près de 5 ans que les familles de victimes se battent avec les avocats, les associations tout ordre, tous les sympathisants du camarade Sankara dans le monde entier. Et ce, malgré les multiples actions nationales comme internationales. On était impatient d’entendre ce verdict. Chose faite. Ça peut quelque part rassurer l’opinion publique par rapport au bon vouloir des institutions, notamment celle de la justice lorsqu’on sait qu’il a fallu qu’il y ait l’insurrection de 2014 pour d’abord ouvrir le procès dans une première phase. Et ensuite, permettre à cette justice d’être indépendante. C’est plus rassurant de savoir qu’on n’a pas fait tout ça pour rien.

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SA : Est-ce que tout a été dit sur les circonstances de l’assassinat de Thomas Sankara avec ses douze compagnons malgré l’absence du président Blaise Compaoré ?

SY : Je pense qu’il était impératif de tenir ce procès avec ou sans Blaise Compaoré. Il a été jugé par contumace. Je rappelle quand même que celui-ci a sciemment décidé avec ses avocats de ne pas y prendre part malgré certaines garanties que l’offrait la Constitution burkinabè et la suppression de la peine de mort. Il n’y avait aucune raison que M. Compaoré refuse de faire face aux juridictions de son pays qu’il a lui-même contribué à élaborer. Certains de ses camarades n’ont pas eu cette chance. Il les a tous exécutés. Lui, au moins, avait la chance de pouvoir se défendre. Nous regrettons qu’il n’a pas pu se présenter devant les juges. Ceci étant, il fallait bien que le procès se tienne. Sur les quatorze personnes inculpées, douze étaient présentes. Il me semble que c’était suffisant pour tenir ce procès.

Après 35 ans, je pense qu’il était quand même important qu’on puisse mettre les doigts sur certaines clarifications dans ce dossier. Maintenant, les faits sont clairs. On sait que le commando était parti du domicile de Blaise Compaoré. On sait, qui a tiré. On a des précisions sur de nombreux détails. C’est déjà bien qu’on ait pu faire la lumière sur certaines choses, notamment le fait d’entendre tous les témoins encore en vie. Je crois que les faits ont été confirmés.

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Cette condamnation de Blaise Compaoré est-elle un pas dans la lutte contre l’impunité au Burkina Faso ?

SY : Evidement ! C’est un grand pas pour le continent africain dans la lutte contre l’impunité parce qu’il faut désormais pratiquer de la politique par l’exemple. Il faut replacer l’éthique et la morale au sein de notre gouvernance. Il n’est pas normal que les citoyens en arrivent à douter de leurs institutions. Il faut réconcilier quelque part les Burkinabè, les Africains en général, avec leurs institutions, notamment la justice. Cela veut dire la justice doit être la même pour tous. On ne doit pas avoir de supers citoyens, qui sont au-dessus des autres.

Ce n’est pas pour rien que Blaise Compaoré était obligé de consacrer Thomas Sankara comme un héros national. Il n’y avait pas d’autre choix. Sa réputation a largement dépassé les frontières nationales. Ce n’est que justice de faire en sorte que ceux, qui ont assassiné le camarade Thomas Sankara puissent payer ce qu’ils ont fait.

Propos recueillis par Trésor Mutombo

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