En s’adressant à la nation dans un long discours, Joseph Kabila, ancien chef de l’Etat congolais devenu figure de l’opposition congolaise, dénonce le président Tshisekedi d’avoir « dilapidé l’héritage » laissé après l’alternance de 2019.
« J’ai décidé de briser le silence […] parce que continuer à me taire m’aurait rendu poursuivable devant le tribunal de l’histoire », a déclaré Joseph Kabila, affirmant parler au nom des plus de cent millions de Congolais « en danger ». L’ancien chef de l’État se présente comme un patriote inquiet de la « descente aux enfers » d’un pays qu’il dit avoir laissé « pacifier, réconcilier et doter d’institutions stables ».
Joseph Kabila accuse directement le pouvoir en place de dérives autoritaires et d’atteintes graves aux principes républicains. Il dénonce « une gouvernance populiste, démagogique, discriminatoire » et fustige une justice « instrumentalisée ».
Dans une volonté manifeste de réhabilitation de son propre mandat, Kabila rappelle l’état dans lequel il affirme avoir laissé la RDC en 2019 : une économie « dynamique », une armée « républicaine », une nation « réunifiée » et une démocratie « en consolidation ». Il oppose à cet héritage ce qu’il considère comme un effondrement généralisé du pays, notamment la remise en cause de la Constitution, les fraudes électorales de 2023 et la dérive sécuritaire à l’Est.
Malgré la sévérité de ses accusations, Joseph Kabila se dit prêt à contribuer à une sortie de crise. Il salue les initiatives du tandem Cenco-Ecc. Il met en garde contre le danger d’une crise politique prolongée. « Il peut y avoir de solution sécuritaire sans solution politique sincère », a-t-il insisté, évoquant les risques de « guerre civile » si aucune correction n’est apportée.
Dans sa prise de parole, le sénateur à vie n’a pas éludé la question sensible de la levée de son immunité parlementaire, y voyant une manœuvre politique aux relents de règlement de comptes.
Loin de se laisser déstabiliser, il a tenu à exprimer son soutien appuyé aux populations meurtries des zones occupées par les rebelles du M23 et de l’AFC des groupes armés avec lesquels certains n’hésitent pourtant pas à lui prêter des accointances.
Ephraïm Kafuti

