Après le report de son procès pour trahison, Tundu Lissu, figure voyante de l’opposition tanzanienne, dénonce une collusion entre le tribunal et le pouvoir à trois mois des élections du 29 octobre.
Le parquet a une nouvelle fois demandé le report du procès. Il justifie la démarche par l’attente de l’autorisation de la Haute Cour pour assurer la protection des témoins. Le tribunal a accédé à cette demande, renvoyant l’affaire au 13 août.
« Ce report interminable est la preuve manifeste d’un abus de procédure », a réagi l’opposant. Il accuse le tribunal de « collusion » avec les procureurs pour le maintenir en détention à des fins politiques. « S’il n’y a pas de complot visant à me garder en prison pour arranger leur plan électoral, alors qu’ils rejettent pour une fois la demande du parquet », a déclaré Tundu Lissu.
Ciblé à plusieurs reprises par la justice tanzanienne et survivant d’une tentative d’assassinat en 2017, Tundu Lissu n’avait encore jamais fait face à des charges aussi lourdes. Son parti, le Chadema, a été disqualifié du scrutin à venir, laissant la voie libre au parti au pouvoir.
Arrêté le 9 avril dernier après un meeting, l’ancien candidat à la présidentielle de 2020 pour le compte du parti d’opposition Chadema a été inculpé d’« incitations à bloquer les élections ». Des accusations graves qui relèvent du crime de trahison, passible de la peine de mort en Tanzanie.
Plusieurs organisations de défense des droits humains et des acteurs de l’opposition dénoncent une nouvelle vague de répression politique sous la présidence de Samia Suluhu Hassan. Ils accusent l’actuelle cheffe de l’État de renouer avec les méthodes autoritaires de son prédécesseur, feu John Magufuli.
Ephraïm Kafuti

