Les armes vont-elles définitivement se taire dans l’est de la RDC après la signature de l’accord de paix entre Kinshasa et Kigali sous l’égide de Washington ? C’est la question que tout le monde se pose.
Dans la capitale américaine, l’évènement a eu un ton solennel. Elle se déroule devant les caméras. Les ministres des Affaires étrangères des deux pays ont été reçus dans le bureau Ovale par le président Donald Trump. « Nous mettrons beaucoup de pression pour que l’accord soit appliqué », a assuré le chef de l’Etat américain. L’accord vise à mettre fin à la guerre qui déchire la région du Kivu, où les rebelles du M23 occupent les deux principales villes : Goma et Bukavu.
Trésor Kibangula, analyste politique et chercheur et directeur du pilier politique de recherche à Ebuteli, estime que « l’implication américaine dans ce conflit a montré un peu de changement ». D’après lui, Washington est un acteur qui a des leviers de contrainte par rapport aux pays en conflit. « Avant que les Etats-Unis d’Amérique n’entrent en jeu, on avait vu cette progression de troupes rwandaises et le M23 vers Goma et Bukavu. Lorsqu’ils sont arrivés à Walikale, où il y a des intérêts américains, ils se sont retirés suite à la pression américaine. Depuis, il y a ces initiatives de médiation à Doha et à Washington pour essayer de trouver une solution », explique l’analyste à Sahutiafrica.
«Première étape pour sortir de l’impasse»
La signature de cet accord intervient après la déclaration de principes signée le 25 avril dernier. Kinshasa et Kigali s’engagent à respecter l’intégrité territoriale de chacun, mais aussi l’interdiction des hostilités. L’accord prévoit aussi le désengagement, le désarmement et l’intégration conditionnelle des groupes armés non étatiques. Bien plus, la mise en place d’un Mécanisme conjoint de coordination de la sécurité intégrant le Conops du 31 octobre 2024.
Thérèse Kayikwamba, ministre congolaise des Affaires étrangères, affirme qu’il s’agit de « la première étape tangible pour sortir de l’impasse et tracer un chemin vers la paix ». « Avec cet accord de paix, nous ouvrons un nouveau chapitre qui exige non seulement un engagement, mais aussi le courage d’aller jusqu’au bout », a-t-elle déclaré.
Son homologue rwandais, Olivier Nduhungirehe, indique le cœur de cet accord de paix est la décision d’établir un mécanisme conjoint permanent de coordination de la sécurité entre le Rwanda et la RDC. « La première tâche à accomplir est de commencer la mise en œuvre du Concept d’opérations pour la neutralisation des FDLR, qui doit s’accompagner d’une levée des mesures défensives du Rwanda », a-t-il réagi.
« L’accord de Luanda de décembre 2024 a capoté, parce que Kigali a quitté la table de négociations. Le président Kagame n’est pas venu le 15 décembre pour signer l’accord. Que Kigali nous retourne à Luanda, c’est quand même ironique. Cela dit beaucoup sur la volonté de parties à faire avancer les choses. Est-ce qu’on n’est pas dans un mécanisme de renouvellement de recettes qui n’ont pas fonctionné ? C’est ça la grande question. Les Américains ont tiré les leçons de l’échec de Luanda, en recourant à l’un de ses dispositifs pour mettre tous les gardes-de-fou et contraindre les parties à appliquer les engagements ? », s’interroge Trésor Kibangula.
Vers une désescalade ?
Si la Monusco, Paris, Londres et l’Union africaine (UA) ont salué la signature de l’accord de paix, une question se pose sur son application. Sans doute, c’est la prochaine étape importante. « Il faut que le médiateur puisse prendre toutes gardes-de-fou possibles pour ce qui est couché sur le papier soit appliqué sur le terrain. Le mécanisme conjoint de suivi va impliquer les Etats-Unis, qui pourrait utiliser certains moyens pour vérifier si cet accord est respecté », argue l’analyste.
Mais il nuance. Pour Trésor Kibangula, l’accord fonctionne avec une sorte de diptyque : « le bâton et la carotte ». Washington demande aux parties, fait-il remarquer, de faire la paix, promettant de ramener des investissements qui vont profiter à la RDC et au Rwanda. « Il y a le dispositif économique ou deal économique-sécurité qui est en train d’être discuté pour accompagner l’accord de paix », a-t-il dit.
Appel au dialogue national
Entre-temps, le sujet de cet accord polarise l’attention et divise la classe politique en RDC. Le camp présidentiel parle d’un pas vers la paix. La famille politique de Joseph Kabila estime que limiter la crise par la signature de l’accord de paix entre Kinshasa et Kigali, c’est faire fausse route et appelle au dialogue national inclusif.
L’opposant Moïse Katumbi salue « les efforts de médiation de Donald Trump ayant permis la signature de l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda ». Il affirme que « cet accord ouvre enfin une lueur d’espoir pour l’est de la RDC, longtemps meurtri ». Toutefois, l’opposant se convainc que « la paix véritable ne se construit ni avec les armes ni dans la violence, mais par le dialogue, la justice et la bonne gouvernance ».
Les relations entre Kinshasa et Kigali ne ressemblent pas à un long fleuve tranquille. La résurgence du M23 a jeté de l’huile sur le feu, plongeant les deux Etats au voisinage difficile dans une profonde brouille. En fait, la RDC a accusé le Rwanda de l’agresser à travers ce groupe armé. Mais le Rwanda a toujours nié ces accusations, pointant la collaboration entre l’armée congolaise et les rebelles FDLR. Si les Etats-Unis entendent peser pour l’application de cet accord de paix, les parties doivent mettre en place un mécanisme conjoint de coordination de la sécurité.
Trésor Mutombo

