L’Union Africaine a pris une décision qui met en cause ses principes fondateurs. C’est ce que pense Évariste Toldé, analyste politique tchadien. «Ce qui se passe au Tchad n’est ni plus ni moins qu’un coup d’État militaire, voire un coup d’État institutionnel comme le dirait certains. On devait condamner et sanctionner le Tchad comme tel. Malheureusement, cela n’a pas été le cas», a déclaré Évariste Toldé dans un entretien à Sahuti Africa.
D’après lui, l’UA s’est montre impuissante face la situation du Tchad. Il affirme que les Tchadiens qualifient cette décision «de deux poids, deux mesures». «Pourquoi ça n’a pas été le cas au Mali, au Soudan ou au Burkina Faso. Les Tchadiens se sont interrogés», a indiqué l’analyste.
«Une fois de plus, on se rend compte que l’ombre du défunt président Idriss Déby a plané sur la décision de l’UA. Il avait tissé des solides relations au sein de l’UA. On se souvient qu’il a fait élire le Tchadien Moussa Faki à la tête de la commission africaine. Le Tchad joue un rôle important au Sahel et dans la zone dite de trois frontières. Il fallait donc que l’UA apporte son soutien au nouveau président qui n’est autre que le fils d’Idriss Déby», a-t-il dit.
Pour cet analyste politique, la décision de la commission paix et sécurité est une victoire diplomatique de Mahamat Idriss Déby, président du CMT. Mais les manifestations contre la junte militaire se poursuivent au Tchad. «On se demande de quoi demain sera fait tant qu’on n’ira pas à une conférence nationale souveraine ou à un dialogue inclusif qui jettera les bases d’une nouvelle transition. C’est de cela qu’appelle les manifestants. Ils veulent que la transition commence à l’issue d’un dialogue inclusif qui décidera de nouvelles institutions», a-t-il confié.
«Les gens continuent à manifester parce qu’ils estiment qu’il n’y a pas des raisons que le fils prenne la place du père. Nous ne sommes pas dans une monarchie. Les manifestants réclament toujours la dissolution du CMT», a-t-il dit.
Trésor Mutombo

