Burkina Faso : «…des divergences de fond au sein de la junte sont à la base de ce coup d’Etat» (Siaka Coulibaly)

Nouveau putsch au Burkina Faso sur fond de crise sécuritaire, situation confuse après la prise du pouvoir par le capitaine Ibrahim Traoré et démission du colonel Paul-Henri Damiba. Siaka Coulibaly, analyste politique burkinabé, répond aux questions de Sahutiafrica.

Du vendredi 30 septembre au dimanche 2 octobre. Ouagadougou a vécu le week-end dans l’incertitude. Les Burkinabé ont eu l’impression de revivre le scénario du 24 janvier lorsqu’un militaire en treillis, gilet pare-balles et béret rouge, entourés d’hommes cagoulés, apparaît à la télévision nationale pour annoncer la chute du colonel Damiba, lui-même aussi putschiste. Sans effusion du sang. Cette fois-ci, un capitaine, qui faisait déjà partie des officiers qui ont renversé le président Christian Kaboré, prend le pouvoir : Ibrahim Traoré. Sous pression, le colonel Damiba, qui n’avait pas abdiqué jusqu’à samedi, a finalement accepté de rendre le tablier dimanche, en posant ses conditions. Il s’agit notamment de la garantie de la sécurité et de la non-poursuite, des militaires engagés à ses côtés, mais aussi du respect des engagements pris avec la Cédéao pour le retour à l’ordre constitutionnel. Pour Siaka Coulibaly, analyste politique, la chute de M. Damiba devenait prévisible. Entretien.

Sahutiafrica : Est-ce que ces événements étaient-ils prévisibles au regard de la situation au Burkina Faso ?

Siaka Coulibaly : Oui, c’était prévisible dans la mesure où le critère fixé par le colonel Damiba, lui-même, au début de la transition de janvier 2022, était celui de la restauration de la sécurité. Mais, au fur et à mesure qu’on avançait, le constat était que la situation sécuritaire ne s’améliorait pas. Et que même les statistiques étaient totalement mauvaises en comparaison à la même période en 2021. Au bout du compte, les gens se disent qu’il y a quelque chose qui ne marchait pas. Dès que le coup d’Etat a eu lieu, la plupart de Burkinabé ont adhéré à cela. Et que probablement, lui-même, le dirigeant en était la cause.

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SA : comment expliquez-vous cette situation ?

SC : La proclamation du groupe, qui vient prendre le pouvoir, donne les raisons pour lesquelles l’opération a été réalisée. Ils font partie du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR) de Damiba. Et qu’il avait des contradictions sur la stratégie à mener sur le terrain pour lutter contre le terrorisme. Donc, ce sont des questions opérationnelles qui ont débouché sur ce changement politique.

SA : il s’agit donc d’une crise au sein de l’armée ?  

SC : Il s’agit plutôt d’une crise au sein du groupe qui avait pris le pouvoir le 24 janvier. Ils ne s’entendaient plus sur la façon de diriger la lutte contre le terrorisme. Il y a ceux qui sont sur le terrain et ceux qui sont à la conception de la stratégie. Je pense qu’il avait des divergences de fond qui se sont manifestées par ce coup d’Etat.

SA : le colonel Damiba était accusé d’être soutenu par la France, alors que le sentiment anti-français est palpable au Burkina. Et après ce nouveau putsch, certains manifestants ont brandi les drapeaux russes. Peut-on déjà voir l’ombre d’une puissance derrière ce nouveau coup de force ?

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SC : C’est possible qu’il y ait des connexions avec des puissances. Mais ce sont des facteurs tout à fait locaux. C’est le facteur sécuritaire donc, le manque de cohésion dans la conception de la stratégie et des unités combattantes, mais aussi une opinion publique qui était de plus en plus très remontée contre la France. Tous ces facteurs se sont combinés pour donner ce qu’on a. On n’a pas forcément besoin de la main d’une puissance étrangère.

SA : Qu’attendre des nouvelles autorités de la transition ?

SC : Comme le capitaine Ibrahim Traoré a pris l’engagement de respecter le chronogramme de la transition, je ne vois plus de problème. Ils vont faire en sorte à respecter ce calendrier, en mettant en place une stratégie beaucoup plus accélérée pour que la sécurité revienne et qu’on puisse tenir les élections. Tant qu’ils prennent l’engagement, c’est déjà suffisant. On doit partir avec ces données. On pourra en parler, s’il y a peut-être un changement de cap de nouveaux dirigeants. Pour l’instant, je préfère qu’on s’en tienne au respect des engagements pris avec la Communauté économiques des Etats d’Afrique de l’ouest (Ouest).

Propos recueillis par Trésor Mutombo

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