Après des réunions de forces paramilitaires de soutien rapide (FSR), aux prises avec l’armée soudanaise, à Nairobi, Khartoum a rappelé son ambassadeur au Kenya.
Selon l’agence de presse officielle Suna, le ministère des Affaires étrangères a rappelé son représentant « pour des consultations en protestation contre le fait que le Kenya accueille les réunions de la milice rebelle et de ses alliés, dans un nouveau geste hostile contre le Soudan ».
Le motif de la colère soudanaise réside dans la tenue, cette semaine à Nairobi, d’un événement très médiatisé au cours duquel les FSR ont annoncé leur intention de signer une charte fondatrice visant à créer un « gouvernement de paix et d’unité » au Soudan. Khartoum avait déjà dénoncé cette initiative comme une « ingérence » et une « violation de sa souveraineté ».
La démarche politique des FSR inquiète la communauté internationale. Le porte-parole du secrétaire général de l’ONU a mis en garde, mercredi, contre le risque d’une « fragmentation » du pays et d’une « aggravation de la crise ». La Ligue arabe a également condamné « toute mesure susceptible de porter atteinte à l’unité du Soudan ou de l’exposer au risque de la division ou de la fragmentation ».
Face à ces accusations, le ministère kényan des Affaires étrangères s’est défendu en affirmant que l’organisation de l’événement était « compatible avec le rôle du Kenya dans les négociations de paix, qui l’oblige à offrir des plateformes impartiales aux parties en conflit pour rechercher des solutions ».
Cependant, Khartoum persiste dans ses critiques, allant jusqu’à accuser le président kenyan William Ruto d’agir selon « ses intérêts commerciaux et personnels avec les sponsors régionaux de la milice », une allusion directe aux Emirats arabes unis, régulièrement accusés de soutenir les FSR, ce qu’ils démentent catégoriquement. Cette accusation intervient peu après la signature d’un accord économique « historique » entre le Kenya et les Emirats arabes unis.
La signature de la charte, initialement prévue mardi, a été reportée à vendredi. Khartoum perçoit la démarche politique des FSR comme une tentative de consolider leur contrôle sur le Darfour et d’entraîner de facto une division du pays.
La situation humanitaire au Soudan est catastrophique. Depuis le début du conflit en avril 2023, des dizaines de milliers de personnes ont trouvé la mort et plus de 12 millions ont été déplacées. L’armée soudanaise contrôle l’est et le nord du pays, tandis que les FSR dominent le Darfour et certaines zones du sud. Récemment, l’armée a revendiqué la reprise de plusieurs villes stratégiques et de la quasi-totalité de Khartoum.
Ephraïm Kafuti

