Affaire de pédocriminalité dans le football en RDC : «…c’est le moment idéal pour dire non à cette impunité» (Romain Molina)

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Auteur de l’enquête sur un système pédocriminel qui secoue le football congolais, le journaliste français Romain Molina répond aux questions de Sahutiafrica.

Chantages, harcèlement, abus sexuel et pédophilie… Plusieurs entraîneurs de football sont accusés d’avoir demandé à de jeunes enfants à consentir à des sacrifices (sangs) ou à donner certaines de leur partie du corps (fesses), selon une enquête publiée par le journaliste Romain Molina. Pourtant, les intéressés les nient. Cette affaire fait grand bruit. Et agite le football congolais. Un sport confronté à plusieurs maux notamment le trafic d’âges. La Fédération congolaise de football association (Fecofa) a, dans la foulée de ces révélations, mis en place une commission d’enquête. Et a appelé les dirigeants de clubs à suspendre préventivement les entraîneurs cités. Il s’agit de quinze entraîneurs. Des analystes sportifs attendent des sanctions contre les auteurs de ces abus sexuels. Et soutiennent les victimes à dénoncer leurs bourreaux en justice. Pour Romain Molina, journaliste et auteur de cette enquête, des jeunes souhaitent priser le silence. Entretien.

Sahutiafrica : Comment avez-vous procédé pour mener cette enquête ? Et cela vous a pris combien de temps ?

Romain Molina : Plus d’un an. Cette enquête est la suite de mes autres investigations sur des sujets similaires dans les fédérations de football haïtiennes, gabonaises, françaises, colombiennes, etc. J’ai géré de la même manière que les autres : beaucoup de patience, de psychologie, et laisser les victimes être à l’aise pour parler de leur propre histoire. Le tout en toute confidentialité.

SA : Vous avez échangé avec les victimes de ces abus durant votre enquête. Et comment les vivent-ils ?

RM : Il y a différents degrés. Certains sont encore traumatisés. Leur vie a été détruite ou presque et la reconstruction ne s’est pas vraiment opérée. Certains sont tombés dans l’alcool, la drogue, la dépression… Néanmoins, je vois aussi beaucoup de courage et une volonté commune d’éviter que les jeunes générations ne doivent subir cela.

SA : Est-ce que ces révélations sur un système pédocriminel n’est que la partie visible de l’iceberg ? Y-a-t-il d’autres scandales ?

RM : Disons que les premiers noms cités ne sont que la partie visible de l’iceberg, car il y a des gens très importants impliqués ; néanmoins, nous avons besoin de plus d’éléments pour pouvoir publier d’un point de vue légal. Nous avons déjà publié une vingtaine de noms sur les deux premiers volets de l’enquête, tout en divulguant des audios de coachs, qui réclament des sacrifices (de sang, sexuel, etc.) à des jeunes joueurs s’ils veulent jouer ou signer un contrat. C’est un système sur plusieurs décennies, donc j’espère que c’est l’iceberg complet, car s’il y a plus grave que cela, ce serait désespérant ! Pour le reste, oui, je travaille notamment les abus dans une autre fédération sportive congolaise. Nous allons voir…

SA : La Fecofa a appelé les clubs à suspendre préventivement les entraîneurs cités, mais aussi à dénoncer tous les auteurs d’actes de pédophilie à la commission mise en place. Est-ce un pas ?

RM : Oui, c’est un pas, mais le numéro que la FECOFA a donné ne répond pas, donc à quoi sert cette commission d’enquête ? Ils ont suspendu provisoirement des coachs, ce qui est bien, mais ils savent très bien que d’autres personnes au sein même de la FECOFA sont concernées par ces actes. Nous verrons, mais j’ai bon espoir que les autorités congolaises fassent le travail nécessaire.

SA : Alors, que doit-être fait ?

RM : C’est aux autorités de prendre en main les dossiers. La bureaucratie est parfois lente. Et il faut faire attention, car certains coachs ont déjà fui les communes où il était. Néanmoins, le ministère des Sports a l’air sérieux dans sa démarche. J’ose espérer qu’il en va de même pour le ministère de la Justice et le procureur général. Des jeunes souhaitent parler, donc c’est le moment idéal pour dire non à cette impunité qui sévissait depuis trop longtemps.

Propos recueillis par Trésor Mutombo

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